(É)perdus

Avis sur Éperdument

Avatar AndreaLeonor
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Cet après-midi, j'ai séché la moitié d'un cours de dramaturgie au conservatoire. Je déteste ça, sécher. J'ai toujours eu une conscience de la taille de Fleury-Mérogis. Je n'ai jamais eu d'heure de colle, jamais triché (hum si quand même, en cours de latin en 5ème). Je ne suis pas une hors-la-loi d'habitude. Mais là j'ai inventé une excuse toute nullos et je suis partie main dans la main avec mon amie Clémence. Clémence, elle a 21 ans aujourd'hui et ça se fête. Donc nous voilà parties, telles deux rebelles de la forêt, en direction du cinéma, et ce en abandonnant lâchement nos camarades en cours.

Toutes guillerettes, nous arrivons à destination. Elle a une place gratuite pour son anniversaire, moi je lui emprunte sa carte étudiante pour avoir une réduc' supplémentaire, elle offre le popcorn et nous voilà dans la salle. Tout en ouvrant ses cadeaux, nous nous rendons compte que l'heure approche et la salle reste quasi-vide et nous sommes les seules spectatrices à avoir moins de 63 ans. Nous en rions. Bon, il n'y a pas mort d'homme. Il est vrai que la séance de 15h45 n'est pas si accessible aux étudiants qui vont en cours. Seconde de culpabilité puis le film commence.

Je l'avoue, oui, je suis partie défaitiste. Je pensais que ce film ne serait pas trop top pour plein de raisons. Raison #1, Adèle Exarchopoulos qui est une actrice et personne que je ne comprends pas et qui de toute façon ne m'intéresse pas. Raison #2, le pseudo-scandale qu'a reçu Éperdument quant à l'histoire de base (le gang des barbares Ilan Halimi blablablabli). Raison #3, l'histoire et ses étapes ultra-prévisibles.

Mais c'était sans compter sur Guillaume Gallienne. Ce n'est plus un secret pour personne, je nourris depuis quelques semaines un amour et une admiration éperdue pour lui. (voir ma critique de sa pièce Les garçons et Guillaume, à table! pour davantage d'explication sur le pourquoi du comment, si le cœur vous en dit). J'avais envie de le voir dans ce rôle d'homme beau et viril. Pas que tu sois moche et douillet, mon Guillaume, mais entre nous, ce choix de rôle curieux, ça peut pas faire de mal (#haha #lol #blaguefranceinter)

Ben vous savez quoi? Malgré tout ça, j'y ai cru. Éperdument.
Il y a comme toujours des détails à prendre et à laisser, forcément. Par exemple, nous avons trouvé que le rapprochement entre les deux protagonistes est très soudain et fut donc gênant. L'histoire est très TRÈS prévisible, comme prévue dans mes craintes pré-visionnage. Et puis bon, parlons peu parlons bien, je ne comprends pas comment personne ne les surprenait en plein ébat passionnel dans la salle informatique. Ou dans la cellule de la détenue. C'est pas franchement réaliste, et je suis plutôt très rationaliste sur les bords.
MAIS c'était bien joué, oh oui c'était bien joué. Guillaume Gallienne m'a convaincue en père de famille qui fait tout voler en éclat par amour pour cette femme. Je n'ai, comme à mon habitude, pas perdu une miette de ses faits et gestes, ses regards, ses intonations. "Il a quand même la voix sacrément perchée" me dit Clémence. Moi, sa voix me berce. Et puis Gallienne, sa barbe et son lissage brésilien, en costume de commandant, en costard, tout nu, qui jouit, qui est charmé, qui s'improvise coiffeur, qui regarde Secret Story, qui ne sait plus, qui se défend, qui se rend fou, qui danse, qui récite du Racine, qui hurle, qui se prend un pain, qui boit trop, qui perd le fil... Je l'adore, JETEZ MOI LA PIERRE.

Le couple Gallienne/Exarchopoulos est vraiment improbable, et pas que sur le papier. Il disait avoir accepté ce film pour qu'elle le bouscule, et... ça marche. Oui voilà c'est sorti. Serai-je sur la pente savonneuse d'une réconciliation singulière et future avec Adèle Exarchopoulos? Elle m'a... Oui, elle m'a ÉMUE. C'est dit. Elle a habité ce rôle de détenue discrète et maligne et ce très sincèrement. Je l'ai même trouvée juste à certains moments. Merde, je m'étonne moi-même. Il n'y a que les cons qui ne changent pas d'avis. Disons aussi qu'elle est bien foutue, la gamine. Nous étions un peu jalouses, je l'avoue.

J'étais partie en voulant faire court, voilà le résultat. Mais tout le monde sait ici que j'aime m'étaler.
J'avais besoin de cette pause, certes un peu volée à mon emploi du temps. Je pense que j'étais alors disposée à recevoir ce film à bras ouverts. Je n'ai du coup pas vu les presque-deux heures passer. Après la séance, j'ai dû quitter Clémence à la va-vite alors que le bac à popcorn XXL n'était pas finit, alors que je voulais parler des heures avec elle de tout ça. Mais sachez qu'elle partage mon avis, pour ceux qui s'en inquiètent. J'allais pour prendre le tramway afin de filer en répétitions, et là je tombe à ma droite sur une voiture de police embarquant un jeune délinquant qui se débattait avec force. A ma gauche, une manifestation bruyante de la CGT raisonnait dans la rue. Comme si je n'étais pas tout de suite sortie de ce film brut et à huis clos.

Malgré les quelques points négatifs, le côté "film prometteur mais tout de même inachevé", le fait d'avoir l'impression de regarder des scènes de cul avec nos grands-parents et le vieux monsieur qui ravalait des gros molards bien bruyants devant nous pendant la séance, je donne à Éperdument un bon 7/10 bien apprécié. C'est cadeau.

Joyeux anniversaire mon Penny.

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