Les deux font la paire

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Ce second western de Sergio Leone après Pour une poignée de dollars qui avait surpris le public en se donnant des airs américains, est le second de la trilogie des dollars, et d'emblée, on sent qu'il y a une nette amélioration. Leone commence à affirmer son style, sans souci des codes du western hollywoodien, il y brasse des thèmes et des éléments qui vont devenir familiers : les cadrages savants, la place des personnages dans l'espace délimité par la caméra, l'utilisation comme des figures emblématiques de Clint Eastwood et Lee Van Cleef jusqu'alors confinés aux rôles secondaires à Hollywood, la symbolique des vêtements, des objets, des armes de chacun, les gros plans de visages que Leone savait filmer comme personne, surtout ces sublimes têtes de gitans qu'il recrutait sur place près d'Almeria, ou encore celui de Klaus Kinski, complètement sauvage.
A tout cela s'ajoutent la symbolique du cercle dans le duel final qui annonce celui du Bon, la Brute et le Truand, et l'utilisation de la musique d'Ennio Morricone désormais indissociable du western italien, et particulièrement ceux de Leone, le musicien prenant lui aussi plus d'assurance dans sa partition, en livrant des thèmes intéressants tel celui du carillon dans une église, avec un mélange d'orgues et de percussions, puis qui revient dans le thème du duel assorti de la trompette mexicaine. De même que le fait que les personnages soient aussi immoraux les uns que les autres, sans oublier l'étirement de l'action, le rythme lent et le style distancié... tout ceci tend à prouver que Leone est un authentique cinéaste capable d'imprimer sa marque.
L'histoire ne commence qu'au bout de 20 mn seulement car Leone tient d'abord à planter ses 2 personnages de chasseurs de primes ; c'est donc la présentation de Lee Van Cleef alias le colonel Mortimer en costume noir, flegmatique, méthodique et super équipé, puis celle de Clint alias le Manchot en poncho, plus provocateur et brutal. Ces 2 scènes destinées à les valoriser permettent d'identifier aussitôt ces personnages. El Indio est ensuite campé par un Gian-Maria Volonte souvent théâtral (qui agaçait Leone et qu'il était obligé de brider un peu), c'est un être abject, capable de tuer une femme et un nouveau-né, et même ses propres hommes.
La rencontre entre le Manchot et Mortimer est un grand moment, et donne lieu à l'une des meilleures scènes du film, celles des chapeaux qui volent, avec des coups de feu amplifiés tout à fait géniaux ; Leone adorait ce genre de démonstration virile teintée d'humour. Tout ceci est révélateur du soin et de l'intérêt que le réalisateur mettait dans les détails.
Ce film prépare le terrain pour ce qui sera le chef-d'oeuvre de la trilogie, le Bon, la Brute et le Truand, alors que ses modèles hollywoodiens vivaient leurs derniers feux, et reste ce qui se fait de mieux parmi la cohorte d'imitations parfois médiocres de Sergio Leone, tout en étant une démythification fracassante de l'histoire du Far West.

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