Festen ou comment exposer un rapport d'autorité surpuissant

Avis sur Festen

Avatar Alfred Discapell
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Si on m'avait montré les règles du Dogme 95 avant qu'je vois ce film j'aurais surement dit que c'qui en résulte c'est forcément de la merde (un film sans lumière artificielle ni musique ajoutée ??). Et bien figurez vous que non.

Le principal facteur qui fait qu'on aime un film ou non c'est sa capacité à nous transporter de manière immersive. Mais pour que ce soit immersif il faut qu'on ait des accroches vis à vis de celui-ci, des choses qui nous donnent ENVIE de voir ce film, et c'est justement ça qui est important dans le dogme 95: on privilégie l'immersion à son état le plus pur qu'est le jeu d'acteur et l'histoire.
Ça a un tel impact réaliste sur le spectateur que même avec des conditions de visionnages à chier on peut quand même rentrer dedans (pour la petite histoire j'ai maté ce film sur un pc portable minuscule avec autour de moi des gens engagés dans une discussion des plus agitées, ça m'a pas empêché d'être à 100% dedans).

La violence qui se dégage de c'film est déroutante. Elle a réussie à me tenir en haleine tout le long et à certains moments j'ai même pu être choqué. C'est bien écrit, les acteurs sont bons, et l'histoire se veut des plus malsaines ce qui permet de délier les langues et nous mettre face à certains problèmes de société.

Intéressons nous à comment Vinterberg traite de l'inceste dans ce film.

Festen part d'un postulat tout simple, une famille mondaine va fêter l'anniversaire du père et le fils en profite pour lui claquer ses 4 vérités dans la gueule devant tout le monde dans un certain aspect de vengeance.

La tension monte, après une exposition qui pose les personnages et un cadre où les relations sont plutôt amicales et bienveillantes, le plus jeune des fils se lève pour porter un toast. Dans son discours il vient avec toute l'ironie et la gentillesse du monde, féliciter son père d'être quelqu'un de propre qui prend beaucoup de "bain", autrement dit c'qu'il appelle un bain c'est de s'enfermer avec sa fille et son fils alors agé d'une dizaine d'années dans son bureau et de les violer pour les punir.

On à alors le droit à une vision pure de l'hypocrisie mondaine où bien que la plupart des invités soient choqués, aucun ne va réagir et au contraire ils vont continuer avec de faux sourires tout le long du repas.

Dans cette affaire on a un cas d'inceste non consenti, on est donc sur quelque chose de grave qui se rapporte au viol et à la pédophilie et qui peux dans un sens démontrer tout le côté malsain et tabou que l'on ressent.

Ce cas d'inceste est donc un point central de dramaturgie, un élément violent et immoral et également contraire à l'éthique.

La manière de traiter le tabou est intéressante puisque personne n'ose en parler et c'est pas faute d'être au courant. On peut noter la scene de fin ou bien que les langues se soient déliées, la famille est réunie au complet pour partager un petit déjeuner. Bien qu'ils soient tous sûrs de ne jamais vouloir remettre les pieds là bas, personne ne vient vraiment prendre position et on a affaire à des personnes qui préfèrent se voiler la face plutôt que d'affronter le problème. C'est pour ça que le film marche autant, face à la situation qui présente autant d'injustices on n'peut que être révolté et dégouté par le comportement hypocrite de cette bourgeoisie malsaine.

Le film est plus centré sur le rapport d'autorité que sur l'inceste en lui même. En effet le père ayant une telle emprise et un tel pouvoir sur le reste de sa famille, personne n'ose dénoncer quoi que ce soit par peur de l'enjeu. L'exemple le plus flagrant c'est quand sa fille découvre une lettre de sa sœur s'étant suicidée peu de temps avant et expliquant ce qu'elle a vécu et que la principale raison de son décès est le passif qu'elle a avec son père. La fille tellement bouleversée et effrayée par les répercutions que pourrait avoir cette lettre, décide de la cacher en vitesse et de ne jamais y faire allusion...
D'ailleurs quand son frère en vient à faire des révélations, elle préfère se taire. Cela démontre bien quel pouvoir à ce père de famille qui en abuse au point de s'dire qu'il peut faire ce qu'il veut.
Ce film est incroyable et il serait possible de l'analyser pendant des heures. Tout ça pour dire que le dogme 95 à changé ma vision du cinéma et m'a aidé à me concentrer sur un aspect plus organique de la rea, prouvant que les plus grandes notions de cinéma peuvent être remises constamment en question.

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