Above the Rim (Jeff Polack, U.S.A, 1994, 1h36)

Avis sur Gangball, les règles de Harlem

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Le drame sportif est à Hollywood un genre à part entière, qui reflète une culture du sport très présente dans la structure de la société américaine. En effet, s’illustrer dans une discipline sportive est un moyen idéal pour s’élever socialement. De nombreuses bourses sportives sont ainsi distribuées chaque année aux meilleurs sportifs, qui ont dès lors accès aux Universités. Donc la possibilité de prétendre à une carrière dans le sport où ils excellent.

Ce n’est pas étonnant que cela se retrouve dans de nombreuses productions, puisque c’est inscrit dans l’ADN même de la société. ‘’Above the Rim’’ n’échappe pas à cette règle, en se présentant tout d’abord comme une œuvre sur le basket, sport par lequel les personnages principaux parviennent à exister et à donner un sens à leurs existences. Alors qu’ils évoluent dans un milieu défavorisé du ghetto de New-York.

Kyle (Duane Martin) est un espoir du basket de son lycée, tenant là un pass quasi garanti pour accéder à l’Université de son choix, grâce à une bourse qui lui est promis. Il entretient des relations avec Sherp (Leon), une ancienne gloire, dont le destin tout tracé fût corrompu par une tragédie. Désormais vigil, il est rongé par ses rêves brisés qui le hantent. Kyle fréquente également le frère de ce dernier Birdie (Tupac Shakur), un petit dealer notoire, qui se complait dans la délinquance.

Se présente alors à Kyle deux voies opposées. L’exemple de Sherp, duquel il peut apprendre de ses erreurs, pour ne pas les répéter, et ainsi accomplir les désirs de ce dernier. Ou alors il peut emprunter un chemin plus facile en rejoignant le gang de Birdie. Ce qui lui assure une vie précaire, faite de menus larcin et de danger, mais non dénuée d’un certain goût du risque fascinant. ‘’Above the Rim’’ parvient ainsi à faire la synthèse entre le ‘’Sport Drama’’ et le ‘’Hood Film’’.

En utilisant les éléments du premier genre, qu’il mâtine allègrement des thématiques du second, il est possible de retrouver l’idée du parcours initiatique d’un jeune, Kyle, confronté à la misère de son milieu sociale. Face à un choix pour définir l’être qu’il souhaite devenir, et l’existence qu’il souhaite mener. Suivant l’exemple de Shep, ou bien celui de Birdie.

La thématique de la bourse universitaire se retrouvait déjà dans l’intrigue principale de ‘’Boyz n’ the Hood’’, à travers le personnage au destin funeste de Ricky, qui misait tous ses espoirs sur sa qualité de footballer (américain). Le film de Jeff Polack se place ainsi dans une continuité thématique de l’œuvre qui a offert ses lettres de noblesses au genre du ‘’Hood Film’’.

En parvenant à allier parfaitement les deux genres au cœur d’un récit structuré en conséquence, et servit par des comédiens vraiment convainquant et impliqués, il est alors aisé de se prêter au jeu. Même s’il est possible de regretter le manichéisme caricatural un peu trop présent lors de la séquence finale. Oscillant entre espoir et négation de ce dernier, par l’expression un peu brusquale d’une violence gratuite, et injustifiée.

‘’Above the Rim’’ semble ainsi être parfois un peu trop prisonnier des conventions du genre. Essayant tant bien que mal de les faire cohabiter avec sa double nature de ‘’Sport Drama’’. Une démarche percevable à l’écran par l’expression surannée de clichés qui en 1993 sont déjà bien identifiable. Par le biais d’œuvres ratées comme ‘’South Central’’, avec laquelle il partage cette démarche d’exploitation de la vague des ‘’Hood Film’’.

Le métrage de Jeff Polack n’en demeure point efficace, avec une force résultant de l’humanité insufflée dans ses protagonistes. En particulier Shep, qui en plus de devoir faire face à un traumatisme, doit également affronter son frère cadet en perdition. Le type avait l’espoir de s’extirper de sa condition, mais son tempérament, son arrogance, et un goût immodéré du risque, sont des éléments qui ont achevés de briser tous ses espoirs.

La tristesse de son existence se conjugue ainsi avec les attentes de Kyle, qui lui aussi gère difficilement un tempérament houleux, qui l’empêche d’être le joueur qu’il aspire à devenir. Mettant en péril ses chances d’obtenir une bourse, et de tenter l’aventure universitaire. Le personnage véhicule la difficulté qui réside en chacun de trouver le courage, et la force, de quitter son milieu social. De laisser derrière ceux qui n’ont pas l’opportunité, ou le courage de prendre en main leur destin. Ce qui donne naissance à un sentiment de culpabilité.

Le métrage évoque ainsi une jeunesse égarée, livrée à elle-même, avec tous les regards qui se posent sur elle. Le poids familial, les amitiés, l’institution, faire des choix, les assumer et les vivre… C’est beaucoup de responsabilité pour les frêles épaules de jeunes à peine sorti de l’adolescence. C’est là où l’indice sportif entre en compte, puisque par le sport et la quête de performance, il devient possible de se transcender, et aspirer légitimement à autre chose.

‘’Above the Rim’’ est ainsi une œuvre plus complexe qu’elle n’y paraît au premier abord. De petit drame sans prétention, sorti deux ans après les émeutes de Los Angeles, alors que la condition des nouvelles générations d’Afro-américains a explosé aux yeux de l’opinion public, l’œuvre se présente comme une synthèse humaniste, parfois un peu naïf, posant un baume sur les fêlures d’une communauté trop souvent réduite à sa violence.

Si le film n’évite pas des écureuils faciles et quelques clichés, dans l’ensemble c’est une production rondement menée, alors que la tension dramatique monte crescendo, pour exploser lors de son final, un peu trop manichéen il est vrai. Ce n’en est pas moins une vraie réussite pour une petite production des plus sympathiques.

‘’Above the Rim’’ démontre intelligemment que ce n’est pas parce qu’on surfe sur un genre à la mode que l’on doit se reposer avec fainéantise sur des ressorts faciles et familiers, mis à disposition. C‘est ici la preuve qu’il est possible de livrer un résultat final efficace, divertissant et terriblement humain.

-Stork._

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