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Le pavé sans amarres

Avis sur Gentleman Jim

Avatar Sergent Pepper
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Gentleman Jim, ou l’irruption à l’écran d’une torpille dont on va suivre la trajectoire avec jubilation et vertige.
Errol Flynn a du charme, il le sait, et nous le fait savoir : son personnage est d’un culot phénoménal, et arpente l’échelle sociale comme d’autres courent dans les escalators pour aller plus vite. C’est d’autant plus grisant qu’il balade avec lui un charme indéniable mêlé à une fierté irritante, galvanisant le peuple, irritant la haute société dont il prend d’assaut la forteresse.
Tout fonctionne. Corbett est un pavé jeté dans les docks de San Francisco, et autour duquel les circonvolutions aquatiques sont autant de petits tsunamis. Au cœur, la famille, qui a appris à parler par les poings, dans une culture à l’irlandaise qui nous rappelle les beuveries joyeuses du tonton Ford. Ensuite, les amis et leur apprentissage de la débrouille, puis la femme inaccessible avec laquelle les échanges screwball se feront avec la même vigueur que les pas chassés sur le ring. Enfin, la société mondaine et son club, et la nation toute entière par champion du monde en titre.
Parcours à l’évidence absolue, sans heurts, d’une linéarité finalement confondante, le film a le culot de son personnage : il nous emporte. Par sa drôlerie, ses répliques et ses punchlines, sa gestion de la foule, son recours à la comédie musicale ou à Shakespeare, ou les méthodes qu’il propose pour se servir du champagne tout en serrant la main des invités.
Afin de parachever son arme d’émotion massive, le film attend les dernières séquences pour asséner une émotion nouvelle, où les masques tombent : en amour, mais surtout dans la compétition, pour un échange poignant de passage de relai entre l’ancien et le nouveau champion. Apaisés, sereins, les protagonistes nous offrent ce genre de paroxysme inaltérable que seuls les grands cinéastes américains savent construire, Capra et Ford en tête.

Lors du combat illégal sur les docks, l’arrivée de la police met la foule des spectateurs en débandade : partout, on s’égaille, on saute dans l’eau, on s’enfuit. Cette très belle image en plongée sur le ring, duquel on fuit de toute part, semble être celle du film : celui d’un cadre qui déborde dans la bonne humeur, et ne cesse son expansion que lorsqu’il aura entrainé le spectateur à sa suite.

(Merci à la cohorte d’éclaireurs, à la suite de Gwimdor, qui ont précipité sa brillante recommandation)

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