Ombre et poussière

Avis sur Gladiator

Avatar Tom_Ab
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Plus Ridley Scott vieillit plus sa filmographie accumule les avaries et les erreurs de parcours. Pourtant ce réalisateur a quand même pondu quelques très bons films : le sublime et adulé Blade Runner et le cultissime Alien, entré dans le panthéon de la culture populaire. Je l'ai trouvé particulièrement mauvais dans son Exodus, retraçant l'histoire de Moise, dernier bébé de Ridley. Pourtant, il connaissait ce genre de film, il avait fait Gladiator, mélange d'histoire et d'épisme, de péplum et de fresque grandiose. Et à l'époque c'était réussi. Analyse de cette réussite.

Tout est dit en réalité dès la scène d'introduction, énorme bataille manichéenne comme on les aime avec ce chef germain archi violent et bourrin et en face les romains, intelligents, stratèges mais tout de même aussi brutaux. On était impressionné : souci de reconstitution des stratégies romaines de l'époque, boue, sang, violence, bref, une propension au réalisme et à la crudité, teinté d'épisme par une charge de cavalerie délirante et une forêt en flamme. J'ai du revoir cette scène des dizaines de fois, elle est géniale.

Puis, les personnages sont introduits, le touchant Marc-Aurèle, dont l'histoire a retenu sa bonté et sa sagesse et c'est ce qu'a retenu le film - on oublie qu'il a quand même dans les faits persécuté un nombre conséquent de chrétiens et massacré une quantité non négligeable de peuples d'Europe, mais dans l'histoire, les vainqueurs écrivent toujours leur légende -, son fils obsessionnel, ambitieux, fou, sorte de Néron, de Canigula : Commode et sa soeur Lucillia, ainsi que certains personnages secondaires (sénateurs, aides de camps), plus ou moins fictifs et puis bien sûr Maximus dont on ne présente plus les fonctions, résumé dans cette phrase culte :

Mon nom est Maximus Decimus Meridius, commandant en chef des armées du Nord, général des légions Felix, fidèle serviteur du vrai empereur Marc Aurèle. Père d'un fils assassiné, époux d'une femme assassinée, et j'aurai ma vengeance dans cette vie ou dans l'autre.

D'ailleurs n'allons pas plus loin, l'intrigue est résumée en cette phrase. Ajoutez à cela un complot politique comme seule Rome sait en faire, à coup de sénateurs, de corruptions, de filouteries mesquines de toutes sortes et vous obtenez ce péplum, genre un peu oublié à l'époque, que Ridley Scott parvient à remettre superbement à l'ordre du jour.

Mais l'essentiel est ailleurs : "dans le sable du Colisée." L'inspiration du film est toute trouvée : ce sera le péplum à la Ben-Hur, à la Spartacus, réactualisé, sanglant mais avec sa part de fantaisie, de discours épiques et volontiers niais. Ridley Scott, rapidement se focalise sur ces combats d'arènes, le reste de l'intrigue ne faisant que renforcer la tension de ce qui se passe sur dans le Colisée, devant les romains avides de jeux. L'enjeu du film se focalise, se cristallise alors sur ces quelques scènes, absolument réussies, il faut l'avouer. Maximus, désavoué par Commode, qui a assassiné son père pour s'emparer du pouvoir, devra tout faire, réduit en esclavage et au statut de gladiateur, pour obtenir sa vengeance. Il le fera au terme de combats toujours plus compliqués et difficiles.

Ainsi, après l'ancrage à un contexte historique suffisant - Commode étant réellement paranoïaque, fou, démago et adulait les jeux du cirque, auquel il participait d'ailleurs, Marc Aurèle étant réellement un philosophe et un empereur conquérant et quoi que ce contexte historique est très exagéré, délirant (on ne tuait pas ainsi les gladiateurs, encore moins les empereurs, le Colisée ne faisait pas cent mètres de haut... enfin bref, le délire américain classique quoi...), Ridley Scott nous offre un spectacle haletant, tragique, antique en somme, focalisé sur la poussière du Colisée et l'entrecroisement des épées. Le film bascule alors dans un de ses récits à la manière de l'Iliade où les héros sont divinisés, incroyablement forts et où les enjeux du monde peuvent se résumer dans l'une de leur action. C'est le cas. Maximus c'est Achille, un héros mythologique qui tient dans son glaive le destin de Rome, un rêve qu'on ne peut que murmurer. Un combat et tout est fini : Rome martyrisée mais Rome libérée.

Le film est donc une vraie réussite, porté par une bande son devenue classique, un casting impeccable même si les rôles restent plats et les personnages peu complexes ( et bien trop modernes dans leurs raisonnements pour se raccrocher réellement à l'époque, l'amour immodéré de Marc Aurèle pour la démocratie est évidemment absurde), et malgré les tics désagréables de Ridley Scott par moment, son manichéisme prononcé, ses grandes tirades ridicules, une romance niaise, ses longueurs et son simplisme, le film fonctionne parfaitement. Deux acteurs sortent du lot : Russell Crowe qui parvient à incarner le général déchu devenu esclave, devenu héros et Joaquin Phoenix, qui incarne la folie et la démesure avec brio. Pour la leçon d'histoire, bien entendu, on repassera, mais voilà, ça reste Rome, ça a de la gueule, ça reste les gladiateurs, et tout une mythologie sanglante et poussièreuse, tout un univers ressucité durant plus de deux heures pour le plaisir du coeur et des yeux.

Et comme les spectateurs du Colisée on en redemande : Maximus, Maximus !

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