Un nouvel art occidental de la guerre

Avis sur Good Kill

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Après des Ames vagabondes chétives, Andrew Niccol rassure ses amateurs, séduits par sa coutumière économie de moyens : scénario linéaire, casting réduit à sa plus simple expression, proscription des mouvements de foule et de caméra, dialogues et décors épurés, lumière naturelle et ciel clair. Le pitch est rondement posé : des aviateurs américains éprouvent des doutes sur la légitimité de leurs actions.

De multiples conceptions de la guerre coexistent. La japonaise était basée sur la beauté du geste et le refus de la défaite. Le vaincu était contraint au suicide, ou banni. La chinoise recommandait la soumission de l'ennemi sans combat, par la ruse ou la surprise. Prisonniers et civils étaient épargnés, l'ennemi d'aujourd'hui était le sujet de demain. La conception nomade, asiatique ou sémite, alliait une combinaison d’incursions rapides, embuscades et razzias, et d’invasions « barbares ». Les captifs étaient réduits à esclavage, les plus valeureux étant invités à rejoindre les rangs des vainqueurs, sous réserve de se convertir. L’art occidental privilégiait le choc frontal des hoplites grecs, des légionnaires romains, des chevaliers cuirassés, des piquiers des tercios ou des rangs de grenadiers. Si la soldatesque était plus ou moins bien traitée, les officiers étaient reçus à dîner, rendus contre rançon ou libérés en fin de campagne. Toutes valorisaient le courage physique.

En exacerbant la notion stress post traumatique, les psychologues modernes tentent de se convaincre que l’homme éprouve des difficultés à transgresser le cinquième commandement : « Tu ne tueras point ». Absurde. L’humanité se scinde en trois camps. Les doux, incapables de tuer ; bien que nombreux, ils furent impitoyablement dominés, jusqu’à ce qu’ils parvinssent à imposer la démocratie. Les guerriers, sélectionnés, élevés et formés pour la guerre. Les soldats enfin, des doux attirés par la solde, le statut ou l’appel de l’aventure. Brutalisés par des instructeurs aguerris, ils éprouvent quelques difficultés à trucider leurs semblables, eux seuls développent des troubles après le combat.

Le scénario se focalise sur quatre pilotes et leur chef, engagés dans the War on Terrorism. Un Reaper (Mort faucheuse, 4 tonnes, 15.000 mètres de plafond, 30 heures d’autonomie, une machine que nous ne verrons qu’au sol) décolle depuis un terrain de fortune proche du « front ». Son « contrôle » est transféré à notre équipe, confortablement installée dans un shelter climatisé du Nevada. Ils coucheront dans leur pavillon de banlieue. Invisibles du sol, les drones survolent, identifient et frappent en silence. Exécutions extrajudiciaires sans interrogatoire ni défense, en violation des conventions internationales qui n’autorisent la mort d’un militaire adverse que s’il constitue une menace directe ou s’il participe activement à un affrontement. Ils tuent à distance, sans risques, violant les lois ancestrales de la guerre. Le très professionnel et mutique major Thomas Egan (excellent Ethan Hawke) et la belle Vera Suarez (Zoë Kravitz) regimbent, estimant créer plus de terroristes qu’ils en éliminent. Les guerriers rétorquent que ces derniers ont aboli les règles en lançant des civils sur les Twin towers et, pour citer M. Poutine, qu’il est légitime de « buter les terroristes jusque dans les chiottes. » Affaire de point de vue. La fin déçoit.

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