Mais que diable allaient-ils faire dans cette galère ?

Avis sur Good Morning England

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Je parle, bien sûr, du casting trois étoiles de ce Good Morning England (titre original : The Boat that rocked – je comprends pourquoi les distributeurs français ont souhaité surfer sur la popularité du Good Morning Vietnam de Barry Levinson, mais cette phrase d'introduction n'est jamais utilisée dans le film, nom de Zeus !) signé Richard Curtis, réalisateur de Love Actually et de plusieurs épisodes de Blackadder : Philip Seymour Hoffman, Bill Nighy, Nick Frost, Rhys Ifans, Kenneth Branagh, Emma Thompson, Chris O'Dowd, January Jones, Jack Davenport, Talulah Riley, Gemma Arterton… c'est un véritable who's who du cinéma britannique de ce début de XXIème siècle, avec un zeste d'épices américaines. En plus, le sujet est alléchant : les radios-pirates diffusant illégalement du pop rock sur les ondes du Royaume-Uni dans les années 60-70. Succès garanti, non ?

Objectivement parlant, oui. Par là j'entends que le film a joui d'un grand succès, la plupart des gens semblent l'avoir adoré, tant mieux pour eux. J'aimerais vraiment pouvoir en dire autant, surtout qu'avec une équipe pareille j'ai du mal à comprendre pourquoi j'ai aussi peu ri. Je me suis demandé : "suis-je aussi ringard, sinistre et pète-sec que le gouvernement anglais de l'époque ?" Non pas, car contrairement à eux j'ai des raisons claires de ne pas avoir pris mon pied devant Good Morning England.

Ce qui me gêne le plus, c'est que le schéma de base du film est… eh bien, vraiment basique. D'un côté on a les gentils DJs en chemise à fleurs sur leur ba-bateau cool, de l'autre les méchants officiels à costard-cravate noir dans leurs sinistres bureaux. Et c'est tout. N'aurait-il pas été plus judicieux de donner un meilleur aperçu du contexte ? Qu'est-ce que représente le rock pour les diverses générations de l'Angleterre d'alors, et pourquoi le gouvernement cherche-t-il à le censurer ? Mais non, nous sommes censés accepter que le rock c'est bien et que le gouvernement est pourri.

Or, pour moi ce postulat est insuffisant. Ne nous y trompons pas, j'adore le pop rock, et la majeure partie des 4 points que j'attribue au film sont dus à sa bande-son rassemblant des tubes classiques de l'époque, plus ou moins connus, des Beach Boys à David Bowie en passant par Jimi Hendrix et The Seekers. Et j'abhorre la censure, quelle qu'elle soit. Mais ces deux raisons sont-elles suffisantes pour que je m’investisse à fonds dans l'équipe de Radio Rock ? Ces gens ne valent pas beaucoup mieux que ceux qui les musèlent, ils n'arrêtent pas de se mentir et de se tromper les uns les autres, le summum étant atteint lorsque January Jones prétend épouser Chris O'Dowd alors qu'il ne s'agit que d'une ruse de Rhys Ifans pour la faire monter à bord !

Arrêtons-nous d'ailleurs un instant sur la façon dont le film traite la gente féminine de manière générale. Je n'ai rien d'un SJW et je sais que le film se déroule il y a cinquante ans, mais à l'exception du personnage de Felicity (lesbienne dont la sexualité est l'objet de commentaires douteux, et qui n'est là que pour faire la popote…) et d'Emma Thompson le temps d’un caméo, tous les personnages féminins sont des groupies prêtes à tout pour coucher avec les "stars". Le ton est donné en début de film avec une scène de particulièrement mauvais goût où Nick Frost s'arrange pour que le jeune Carl couche avec Gemma Arterton à sa place dans le noir… le coup monté est avorté, mais plus pour permettre le "gag" récurrent de l'infortune amoureuse de Carl plutôt que pour dénoncer l'attitude des deux hommes. Est-ce qu'il y a vraiment quelqu'un que cela fait rire ?

Les "méchants" sont tout aussi caricaturaux et grotesques ; comme je le disais, on ne comprend rien de ce qui pouvait pousser le pouvoir à censurer le pop-rock. Au lieu de cela, on ne peut pas dire que la subtilité soit au rendez-vous. J'ai peut-être été un peu dur avec Sir Kenneth Brannagh dans ma récente critique de Wild Wild West, car à côté de sa performance dans Good Morning England, le docteur Loveless fait figure de monument de retenue et de finesse. Je comprends qu'un grand acteur shakespearien du calibre de Brannagh veuille se lâcher de temps à autre, surtout dans le cadre d'une comédie comme celle-là, mais enfin ce n'est pas une raison pour marcher dans les pas du professeur du clip d'Another Brick in the Wall de Pink Floyd ! Et son assistant avait-il vraiment besoin de s'appeler Twat ? Est-ce moi qui suis coincé, est-ce vraiment drôle ?

Voilà pour les personnages, limités au possible, mais ce n'est même pas comme si le scénario et la mise en scènes permettaient d'en tirer le meilleur parti. Good Morning England ressemble presque à un film à sketches, la notion du temps y étant très floue et les situations se suivant sans grand rapport les unes avec les autres ; la seule constante semble être la virginité de Carl ! Même les tentatives de sabotage de Brannagh semblent arriver au coup par coup. Ne parlons même pas de la rivalité stupide entre PSH et Ifans, culminant avec le cliché ultime du "duel" sur fond de musique d'Ennio Morricone (Et pour quelques Dollars de plus, en l'occurrence) ni du final, prévisible et kitschissime.

Je pourrais parler de naufrage, mais ce serait aller un peu loin. Non, Good Morning England est juste désespérément bateau, il n'y a aucune intelligence dans le script, ce n'est qu'un enchevêtrement de situations plus ou moins cocasses servant juste à démontrer ce que tout le monde sait, à savoir que le rock c'est cool et que les méchants pas beaux sont méchants pas beaux. Alors oui, la bande-son est super, et Bill Nighy m'aura fait rire à chacune de ses interventions, mais c'est un peu mince… il y a une bien meilleure comédie sociale à tirer de ce sujet, une où les personnages, à l'instar des meilleurs tubes de l'âge d'or du rock'n'roll, auraient de la substance, plutôt que de n'être que bruit et fureur…

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