White Horse: La chair et le sang

Avis sur Halloween II

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Le film original de John Carpenter - Halloween, la nuit des masques - créait de toutes pièces un des grands mythes du cinéma d'horreur contemporain. Halloween est clairement ce qu'on appelle un film "matrice" duquel a notamment accouché une flopée de sequels tous plus médiocres les uns que les autres, mais aussi des centaines de slashers directement inspirés de ce film fondateur du genre -au coté de Black Christmas de Bob Clark.

Le film de Carpenter proprement terrifiant était étrangement peu sanglant, jouant davantage sur la suggestion que sur la démonstration, et il visait clairement à imposer le personnage de Michael Myers comme une force surnaturelle, à la fois l'incarnation du mal absolu et une force surhumaine indestructible. Un boogeyman moderne et étrangement immaculé.

La "séquelle" de Rick Rosenthal, elle, s'en donnait à cœur joie dans le gore le plus décomplexé, rapprochant davantage le film du nanard Vendredi 13 dans son équation: plus d'action, plus de meurtres et plus de sang... mais malheureusement moins de cinéma et surtout moins de puissance à créer la peur.

Le remake du premier opus par Rob Zombie en 2007 se démarquait assez clairement du film de Carpenter par son intention évidente de redonner de la chair, du sang et de l'humanité au personnage de Michael Myers.
Depuis La Maison des 1000 morts et The Devil's rejects, on sait l'affection qu'il porte à ces personnages de tarés à la fois si flamboyants et si terriblement humains et l'on ne peut pas vraiment s'étonner qu'il prenne ce parti d'humaniser le mythe en lui redonnant un vrai passé, une vraie psychologie et une vraie humanité dans toute sa crasse.
On peut louer la façon dont Rob Zombie s'appropriait ce film de commande de Dimension films et en faisait une lecture très psychologique du mythe, se penchant sur le passé de Myers, sa famille et axant le film sur un exploration, assez éloignée du film fondateur, des méandres de la schizophrénie.

Halloween 2 s'offre un peu comme la synthèse (plus aboutie que sa réputation ne le laisse penser) des deux films originaux et de son premier remake, offrant ainsi un drôle de film composite et hybride, sans doute un peu décousu et bancal, mais loin d'être ni médiocre, ni inintéressant.

Le film s'ouvre sur vingt minutes d'action pure, très haletante et foutrement efficace; Une ouverture pour le moins sanguinolente, aussi, résumant toute l'action du film de Rosenthal en quelques minutes pour effectuer ensuite un brutal virage à 180° et afficher des partis pris totalement différents et une nature stylistique presque inversée.
Cet enchaînement un peu maladroit de deux films en un surprend évidemment et certains regretterons sans doute que le film ne garde pas le cap fixé initialement sur toute sa longueur.

On pourrait en effet alors opposer trois principaux arguments contre le film, l'un concernant la narration et le montage, assez chaotiques (pour ne pas dire bordéliques), l'autre concernant les partis pris esthétiques à la limite du kitsch métalleux et le dernier concernant son approche quasi-psychanalytique du mythe de Myers ...

Pour être honnête, je ne partage aucune de ces réserves:

On connait bien le gout des frères Weinstein pour le massacre des films et l'on sait le conflit qui les a opposé à Rob Zombie (avant et après que les frenchies Julien Maury et Alexandre Bustillo aient jeté l'éponge) dans la production et le montage du film, dont le réalisateur n'a pas obtenu le final cut et dont on sait que la version sortie chez nous en DVD est un film entièrement remonté et charcuté.
Cela pourrait sans doute expliquer cette structure très dégingandée du film et cette impression d'absence de colonne vertébrale qui le caractérise, le film retrouve une structure largement plus solide dans sa version intégrale director's cut
Personnellement, y compris dans la version "cut" j'aime ce coté malade du film, propre aux grands cinéastes dont certains films plus ou moins ratés s'avèrent bien plus passionnants que bien des chef d'œuvres (je pense à certains films mineurs de Kubrick, Polanski ou Forman, qui ont eux aussi réalisés de grands "films malades")

Critiquer le film par rapport à ses choix esthétiques peut là aussi s'assimiler à une affaire de gout... Je peux aisément comprendre que les partis pris visuels du film agacent...
Entre le film crade très organique et gore présentant un Myers clochardesque, sale et puant, le clip gothico-onirique à la Tarsem Singh ou Mark Romanek, les partis pris formels sont si radicaux, si opposés aux films d'origine et surtout tellement proches du kitsch qu'il est évident qu'on peut y être allergique, ce qui n'est pas mon cas... J'aime au contraire beaucoup l'aspect visuel très riche du film et ses décrochages oniriques en font tout autant la force.

Je trouve la posture d'équilibriste de Rob Zombie - entre l'hommage respectueux à Carpenter et une relecture très personnelle et opposée du mythe à la fois très culottée et très singulière dans le paysage horrifique US actuel où tant de remakes semblent s'évertuer à vider les films dont ils s'inspirent de toute leur moelle et de tout leur sang.

Cette démarche de Zombie à remettre de la chair, du sang et de l'odeur de bière chaude, de pisse et de sueur dans le cinéma US m’apparaît fortement salutaire à une époque qui voit une déferlante de remake sentant la savonnette (Fog, Terreur sur la ligne...) calibré pour des teenagers sans gout et sans culture. C'est une vraie bouffée d'oxygène (et de pétard) de voir débouler un hurluberlu comme Rob Zombie avec une telle volonté de faire un film adulte et puant du zgeg.

D'autant que le film garde d'abord un vrai potentiel à mettre le trouillomètre à zéro et surtout une fucking personnalité qui me le rend tellement plus aimable que bien des purges élégamment écrite et structurées.

Il faut d'ailleurs, à ce propos, saluer l'esprit du film, dressant en parallèle de son film d'horreur brut, le portrait de l'Amérique des laissés pour compte des années Bush père & fils dans cette figure très impressionnante d'un Michael Myers enfin démasqué (partiellement, en tous cas), humanisé, mais surtout clochardisé, apparaissant tel un homeless malodorant, en plein jour, dans les rues, passant presque inaperçu au milieu des autres misérables et constamment contraint à zoner aux bordures de la ville. Cette image accolée à une virulente et ironique critique de l'omniprésence et l'omnipotence des médias aux USA par la présence très forte de la télévision dans le film mais surtout par le biais du personnage d'opportuniste charognard de Dr Loomis (incarné par le peu concerné Malcolm Mc Dowell). Certes, cela n'est pas l'aspect le plus réussi du film, mais l'idée d'une double lecture du cinéma d'horreur aujourd'hui se fait tellement rare que l'amateur du genre serait peu inspiré de faire ici la fine bouche.

Et puis, pour conclure, on ne peut nier l'immense plaisir de retrouver l'étonnante Sheri Moon Zombie et le toujours génialement culte Brad Dourif, acteur habité que tous les amateurs de cinéma de genre ne peuvent que vénérer.

A noter, la sortie en Bluray chez nous et en DVD et Blu ray aux USA et en UK de la version "unrated director's cut" qui vaut franchement d'être privilégiée pour au moins juger du film dans son intégrité artistique.

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