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Husbands par Schwitz

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Pour parler de Husbands, il faut connaître un minimum la personnalité de John Cassavetes, mort en 1989 à l'âge de 59 ans d’une cirrhose consécutive à son alcoolisme, comme quoi les meilleurs partent toujours en premier, la citation suivante définit parfaitement sa personne : «Ses films révèlent le talent de son épouse Gena Rowlands et de plusieurs de ses amis tels que Peter Falk ou Ben Gazzara. Cinéaste reconnu pour son style personnel privilégiant le jeu de l'acteur et pour sa désinvolture à l'égard de la technique cinématographique (il a souvent recours à l'improvisation, tant en ce qui concerne le jeu des acteurs que dans l'utilisation du scénario)»

Pour résumer, on parle d'un homme aussi talentueux en tant qu’acteur qu'en tant que réalisateur, et ayant joué dans un certain nombre de films grand public extrêmement populaires (Edge of the City de Martin Ritt, The Dirty Dozen de Robert Aldrich, Rosemary’s Baby de Roman Polanski et Fury de Brian De Palma), ce qui lui a permis de subventionner toute une panoplie de films plutôt indépendants, tournés en roue libre, semi-improvisés et sur lesquels sa réputation repose en définitive, ces films seront d'ailleurs l'une des grandes sources d'inspiration du mouvement connu sous le nom de «mumblecore», lancé par des cinéastes indépendants américains à partir des années 2000.

Cependant, le plus caractéristique des films de Cassavetes est certainement Husbands, qui consiste en une étude, sans aucun jugement, de la vie de trois nantis New-Yorkais (Cassavetes, Peter Falk et Ben Gazzara) un trio qui subit une crise de la quarantaine assez folle et doit faire face à la vacuité de l'existence après la mort prématurée d’un quatrième ami. Après les funérailles, ils font la fête, pour oublier, pour se souvenir, font face à leurs vies, recherchent la vérité de leur existence avec une longue virée à New York et à Londres. A noter qu’il s’agit du premier film en couleur de John Cassavetes ainsi que le premier ou tournent Ben Gazzara et Peter Falk, qui deviendront ses meilleurs amis.

Pour en revenir au film, je le résumerai en disant que le résultat est très inégal, un peu péniblement tiré en longueur, profondément sincère, mais parfois atrocement ennuyeux. Il y a beaucoup de moments brillants, avec des instants d’honnêteté perçants. Dans ce film, pas une seule ligne de dialogue mémorable, ou tout ce qui pourrait passer pour de l'esprit, attention, ce n’est pas un reproche, loin de là, le style de mise en scène correspond parfaitement avec le traitement des personnages, qui sonnent tous très vrais, et c’est la grande force de ce film. D'autre part, le talent de Cassavetes en tant que directeur d'acteurs est évident, non seulement pour les trois rôles centraux, mais aussi pour certains personnages secondaires.

Husbands est loin d'être un grand film, il est assez mal monté et très peu scénarisé, cependant c’est tout ce qui fait son charme, ce côté imparfait, improvisé, et terriblement vrai. Et dans les scènes les plus brillantes du film, se trouvent les graines de ce qui aurait pu être un travail vraiment génial.
Ce film fait penser dans son déroulement à une scène d’un autre film de John Cassavetes : Faces (1968). Il est évident qu'étendre et essayer de maintenir en place un récit s’étirant sur une durée quasiment sept fois plus longue que le matériau de base est un quasi tour de force, d’ailleurs le scénario souffre de nombreuses longueurs. Il manque peut-être un travail d’écriture un peu plus virtuose, mais d’un côté ce sentiment de longueur paraît voulu et volontairement intégré dans la démarche du film, il est donc difficile de le décrire comme un réel défaut.

La synthèse de cette affirmation saute aux yeux lorsqu'on assiste à la scène finale du film. C'est un moment poétique, libre, et empli de réalisme, contrastant fortement avec beaucoup de séquences semblant inutilement longues et mal intégrées.

Husbands s'ouvre sur une galerie de photos présentant quatre amis masculins d’une quarantaine d'années, la séquence suivante, quant à elle, nous présente l'enterrement de l'un d'entre eux, Stu (représenté par David Rowlands, beau-frère de Cassavetes). Fait intéressant, le personnage principal présumé fait donc sa sortie du film à ce moment-là. C'est un parti-pris de narration similaire à celui de Brisby et le Secret de Nimh, ou l’un des personnages principaux meurt juste avant que le récit ne commence, mais sa présence est constante tout au long de l'intrigue, on le ressent dans chaque plan et dans chaque dialogue.

Les trois membres restants se livrent, suite à cet enterrement, à presque tous les clichés des excès de l'amitié masculine, en commençant par ce qui semble être un week-end «bender non-stop» toujours dans la douleur de leur copain mort, au programme : harcèlement de femmes, bagarres, gamineries, remarques sur les défauts et les vertus des uns et des autres, etc...

Sur un plan technique, la photographie de Victor J. Kemper laisse une impression mitigée, mais est cependant bien intégrée à l'esprit du film, étant donné la façon dont les acteurs vont et viennent librement, ce n'est vraiment pas un défaut en soi, un peu à la manière d’un film d'Ozu Yasujiro.

Le rythme du récit en revanche, laisse beaucoup à désirer. Par souci de comparaison, on peut citer Meurtre d'un Bookmaker Chinois, du même réalisateur, ce film possède une durée similaire, mais son rythme est beaucoup plus maîtrisé. Ses digressions approfondissent la caractérisation des personnages, alors que les digressions dans Husbands sont souvent préjudiciables. La séquence montrant les trois maris à Londres en est un exemple frappant.

Au final, Husbands n'est pas un très grand film, certainement pas un film très divertissant, ni même très beau, mais qu’est-ce que ça sonne vrai! Finalement la plus belle qualité de ce film c’est d’être le plus représentatif et personnel de l’œuvre de John Cassavetes.
Un film qui n’essaie pas de nous faire croire à quelque chose, mais qui se contente de nous montrer une tranche de vie, qui nous montre la mort, la tristesse, mais aussi la joie de vivre, l’amitié, surtout l’amitié en fait, et on en ressort au moins heureux à défaut d’être bluffé.

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