Notes à benêt

Avis sur Inside Llewyn Davis

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Prix Spécial du Jury au Festival de Cannes session 2013, Inside Llewyn Davis est en effet un très bon cru des frères Coen qui se déguste avec délectation : un film ironique, pluvieux et hivernal, ce qui explique peut-être sa sortie en novembre, sur les mille galères d'un chanteur de folk sans le sous et sans talent, réduit à faire du couchsurfing chez toutes ses connaissances de Manhattan en attendant que sa carrière décolle enfin, avec un chat fugitif dans les bras.

Inside Llewyn Davis est l'antithèse de Sugar Man, qui a participé à la reconnaissance tardive d'un musicien complètement oublié des années 70, en brossant le portrait d'un homme humble et talentueux. Ici, c'est tout le contraire, on comprend pourquoi il aurait été oublié s'il eût existé, il lui manque l'étincelle de génie qui fait la différence : Llewyn Davis n'est pas particulièrement sympathique, avec son caractère soupe au lait et son faux air d'Al Pacino jeune, son acharnement à réussir est sans cesse contre-balancé par son orgueil et sa jalousie devant la réussite des autres. Les deux films sont marqués par la figure tutélaire de Bob Dylan, qui apparaît dans une des scènes finales, l'icone de toute une génération qui a réussi à concilier en même temps talent et succès, ce que Sixto Rodriguez ou Llewyn Davis ont été incapables de faire en temps et en heure.

Défilé de trognes et de caractères improbables, avec des acteurs à contre-emploi (Justin Timberlake méconnaissable en chanteur barbu niais, Carey Mullingan en brune énervée), le retour de F. Murray Abraham qu'on avait un peu perdu de vue depuis les années 90 et bien sûr l'acteur fétiche des Coen, John Goodman, toujours grandiose, même à moitié comateux et vaticinant à tout-va, Inside Llewyn Davis est une comédie douce-amère, évitant adroitement la nostalgie tout en ranimant un temps qui a définitivement disparu, où l'auto-stop et le vinyle allaient de pair pour célébrer l'esprit beatnik. Seule reste la musique dans des bars enfumés. Et des chats roux épris de liberté qui s'échappent dès qu'on laisse la porte ouverte.

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