Va te faire foutre Gravity.

Avis sur Interstellar

Avatar Lucie L.
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Un an et demi.
Un an et demi que j’attendais le prochain Nolan, manquant de faire une crise cardiaque à l’annonce successive des acteurs, Matthew McConaughey en tête, puis de la date de la sortie, sans cesse repoussée. Et étrangement (comme pour Mommy) je n’ai pas été déçue.
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(A ceux qui liraient ma critique sans avoir vu le film, je vous invite à ne pas tenter de battre mon record de retard de 2 semaines et 4 jours, et à aller le voir maintenant, parce qu’en plus ça spoile grave ici.
A ceux qui qualifient Interstellar de « sous-Kubrick » : je n’ai toujours pas vu 2001 : l’Odyssée de l’espace, ce qui ne m’a pas empêchée d’en mesurer l’influence, des plans hommages copiés-collés au concept des robots auxiliaires de pilotage, en passant par l’esthétique et la trame générale. De là à attribuer un pauvre 5 à Interstellar sous prétexte « qu’il ne renouvelle rien »…)
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Le film débute par un étrange constat écolo désabusé, presque défaitiste car après tout : « Cette planète nous pousse à partir. »
Dans ce monde presque post-apocalyptique, le sable recouvre tout. La moindre partie de baseball se transforme alors en après-midi beach volley. Et à long terme, il ne semble plus envisageable de faire pousser ses cinq fruits et légumes par jour dans ses champs terriens, car les cultures sont en proie aux maladies. De fait la tendance étudiante s’inverse, et c’est tout juste si les fermiers ne cracheraient pas à la gueules des inutiles universitaires trop intelligents pour travailler. (Parce que c’est bien connu, c’est parce qu’on a moins de capacités intellectuelles qu’on se tourne vers les métiers de la terre… Enfin c’est du moins ce que sous-entend vaguement le film de façon douteuse).

Puis vient l’espoir, amené par un jeu de piste surnaturel : « L’homme est né sur Terre, rien ne dit qu’il doit y mourir. »
Matthew, toujours sexy loin du sable et de la boue, même avec une combinaison d’astronaute, est donc embarqué dans un tourbillon de CGI grandiose sur la magnifique musique de Hans Zimmer, entrecoupée de plages de pur silence.
Qui n’a jamais rêvé d’atteindre une nouvelle galaxie ?
De se projeter dans un trou noir, d’atterrir sur des planètes inconnues abritant potentiellement la vie ?
De plonger dans un espace en distorsion ou en 5 dimensions ?
Chaque effet – son, image, perspectives, angles – tout est calculé pour une immersion à la limite du tourbillon. Ces scènes stellaires quasi épileptiques étaient tellement intense et immersives (un exploi sans 3d !) que j’ai nettement senti mon cerveau se retourner dans ma boîte crânienne. Résultat, à la fin de la séance, mes pupilles étaient dilatées comme après un joint et je tremblais comme un de ces petits chiens trop nerveux (vous voyez de quoi je parle ?).
Les enjeux et l’attachement aux personnages sont en plus énormes, contrairement à Gravity où l’enjeu dramatique se résumait à : va-t-elle survivre ? question courue d’avance et n’éveillant pas plus d’intérêt que cela chez le spectateur (car au fond, personne n’aime Sandra Bullock). Ici le spectateur se sent lui-même investit dans ce voyage, et retient son souffle à chaque amarrage de navette, à chaque dialogue à l’issue essentielle.

Car cette recherche d’un nouveau foyer ne se fera pas sans difficultés : sur les trois planètes repérées, seule la dernière (c’est TOUJOURS la dernière les mecs) s’avèrera être la bonne.
La première est inhabitable, et cause la mort de l’unique scientifique devant l’explorer ; la terre fait défaut elle-même. Sur la deuxième planète, c’est au tour des hommes d’être en cause. Le personnage incarné par Matt Damon est criant de réalisme : qui supporterait d’aussi longues années de solitude sans espoir de jamais revoir ses semblables ? qui peut le blâmer d’avoir « appuyé sur le bouton » pour les faire venir, même si cela signifie condamner son espèce ? Enfin, la troisième et dernière planète est la bonne et est explorée par les hommes adéquats ; mais elle est tout simplement trop loin pour le trajet possible avec le restant de carburant. Fort heureusement, le trou noir est encore une fois là to save the day.

Interstellar est évidemment filé d’invraisemblances comme celle-ci (le trou noir porte/accélérateur/machine à voyager dans le temps/résolveur d’équation quantiques). On peut citer aussi ce « plan B » peu crédible : qui élèverait les enfants issus des embryons ? comment assurer la survie de cette nouvelle colonie sans mentionner que le vaisseau emporte également des plantes, des animaux ?
Au premier rang de ces détails qui font tiquer, on trouve ces bullshits de paradoxes temporels, la traditionnelle l’histoire de l’inventeur de la machine à voyager dans le temps qui remonte dans le passé tuer son grand-père. Comment Cooper a-t-il eu les coordonnées de la base de la NASA en premier lieu ?
Mais Nolan a déjà mainte fois prouvé qu’il était un scénariste de génie adepte des révélations finales qui sonnent comme une vérité fracassante. Aussi, comme dans Memento et comme dans Le Prestige, une fois les morceaux du puzzle patiemment assemblés, une fois que Nolan a réussi à nous faire oublier tous les indices qui auraient pu nous mettre sur la piste (et Dieu sait qu’il y en a eu, simplement vous avez été happés par autre chose et n’y avait plus prêté attention), à ce moment-là seulement les pièces s’assembleront.
Et la résolution du mystère paraîtra une évidence.

Cette révélation de fin est néanmoins sujette à interprétations, et peut être vue de façon positive ou pessimiste, selon que l’hypothèse d’une autre forme de vie dans l’Univers (clairement réfutée ici) vous apparaissait à la base comme un espoir stimulant ou plutôt comme une incitation à attendre sans agir. L’humanité prierait pour que le trou dans la couche d’ozone soit refermé par de petits hommes verts ayant un Master 2 en langues terriennes, de gentils martiens spécialisés dans la dépollution et le baby-sitting d’espèces inférieures qui nous emmèneraient au besoin sur une autre Terre bien propre et spacieuse – un vrai loft planétaire sur-mesure.

La vérité, c’est que personne ne viendra nous aider.
Seuls nous pouvons nous sauver.
Alors il serait temps de nous bouger le cul. Non pas pour trouver une autre galaxie à coloniser, ce qui est clairement dépeint dans le film comme impossible sans trou noir. Non, pour sauver ce qui reste de notre propre planète, la Terre.

Car comme le dit Cooper : « On en retrouvera jamais une comme ça. »

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