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Avis sur Interstellar

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Depuis des années, Nolan ne cesse de le ressasser : le 2001 de Kubrick est une de ses principales inspirations, à tel point que de références en références (la chambre d’Inception est la plus évidente), on se demandait quand allait venir l’ultime hommage. Avec Interstellar, ce n’est pas seulement le thème du voyage dans l’espace qui est repris, c’est celui de l’identité humaine en elle-même. Sans la patte de Kubrick, et avec celle de Nolan, avec ses qualités et ses défauts.

S’il ne fallait retenir qu’une seule chose d’Interstellar, c’est la façon avec laquelle Nolan crée un monde qui nous est totalement inconnu. Je ne suis pas assez versé dans les sciences et notamment la relativité pour juger de la crédibilité des péripéties. Il doit bien évidemment y avoir quelques faciles raccourcis, notamment dans les scènes finales, mais dans cette critique, je ne les jugerai pas. Après tout ça ne reste qu’un film et je ne me contenterai de ne juger que l’interprétation de Nolan de cet immense univers aux possibilités infinies.

La seule chose que j’admire et que je regrette (paradoxalement) chez ce réalisateur, c’est la manière avec laquelle il scientifise ses films. Batman devient une machine de guerre armée jusqu’aux dents (bien loin de celui de Burton), Inception décrit des rêves de manière en quelque sorte mathématique, pour ne citer que ses films les plus récents et probablement les plus aboutis pour en venir à Interstellar. Pour 2001 Kubrick appliquait sa méthode : du contemplatif et un certain pessimisme, pour grossir le trait. Nolan fait de même avec son odyssée de l’espace à lui : l’humanité va dans l’espace car la Terre dépérit et dans une ou deux générations, la fin sera proche pour tout le monde. Pour résumer rapidement, on envoie des stations spatiales dans un trou noir près de Saturne et on arrive dans une autre galaxie, avec potentiellement des mondes habitables.

Deux problèmes pour Nolan, hormis la cohérence scientifique et scénaristique - j’y reviendrai - : comment rendre sur un support filmique des choses aussi insensées et difficilement concevables comme voyager dans un trou noir, découvrir des mondes n’ayant rien en commun avec le notre, entre autres ?
Au final, le réalisateur fait ce qu’il sait faire de mieux (ou de pire selon ses détracteurs), à savoir une sorte de blockbuster intelligent. On a droit à des séquences impressionnantes de vols spatiaux, pour une fois sublimées par la musique de Hans Zimmer ayant laissé de côté ses insupportables grondements. Sans être de la même facture que les hallucinations kubrickiennes de 2001, elles en imposent sacrément en termes techniques. Cela tombe bien, le film entier est un récital d’effets spéciaux magnifiques. Pas de grandes envolées métaphysiques, quoiqu’un peu vers la fin, on reste dans du scientifique. Idem pour les découvertes des mondes d’outre-galaxie, la fascination opère à merveille tellement la réalisation a été poussée à la perfection. La presque-séquence finale restera pour moi l’image à retenir du film, clin d’œil plus ou moins appuyé à la Relativité (!) d’Escher.
Second point inévitable à aborder pour moi, relativement fan de Nolan mais ne lui prêtant pas le génie dont ses groupies raffolent : le film a un fond, et pas un fond précaire comme dans la trilogie Batman (tellement rebelle le Joker, wahou). Comme dit plus haut, l’ambiance générale du film, mathématique, sans sentiments inutiles, m’a glacé. La splendeur des scènes spatiales renforce les propos des personnages, perdus dans l’espace pour sauver leur monde. Sans entrer dans les détails, le scénario du film fait la part belle aux changements temporels et aux distances interminables. Un seul constat en ressort : une inquiétante sensation de solitude, pourtant peu rendue par les personnages, mais qui saisit le spectateur dès les premiers instants. On reste médusé par les tempêtes de sable terriennes, tout autant que devant les vagues de cent mètres de haut, et sans parler des voyages spatio-temporels.

Le film a aussi une résonance humaniste véritable. A ce sujet, pas de grandes envolées hollywoodiennes, type twist amoureux. Les seuls moments émouvants font mouche à chaque fois, restant la plupart du temps sobres et sans incohérences majeures. Sur le scénario, des raccourcis sont évidents, mais comme j’ai choisi d’apprécier le spectacle offert plutôt que de chercher la petite bête, je n’en tiendrai pas compte (totalement arbitraire, je sais). Les thèmes développés par Nolan sont plus grands que ça : on parle quand même de la survie de l’humanité face à l’inconnu et du destin de la minorité face à la majorité (le rapport à l’intelligence artificielle est intéressant aussi, le contraste avec 2001 étant largement visible) ; bref des thèmes que je ne développerai pas plus ici, le film est parlant de lui-même sans chercher une quelconque autre interprétation.

Nolan réussit donc enfin à coller un fond à une forme sans défaut, chose manquante à sa filmographie de mon point de vue. Il faut dire que le mystère autour de cette dernière réalisation a été total, le réalisateur restant pour la plupart du temps évasif, loin des déballages médiatiques et geeks de The Dark Knight par exemple. La sobriété dans un projet aussi géant mérite d’être saluée.

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Interstellar est une œuvre produite par Warner Bros©, découvrez la Room 237 de SensCritique.

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