Jeanne d’arc : Epopée Johannique, selon Luc.

Avis sur Jeanne d'Arc

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Prologue (entretien faisant suite à la sortie du Cinquième élément) :

Michel : Maintenant que tu as bien cartonné avec Le cinquième élément, qu’est ce que tu comptes faire ?

Luc : Ecoute, je veux tenter une adaptation historique d’un personnage féminin fort. J’ai entendu qu’il y a 3 projets de Jeanne d’Arc en cours chez les américains. J’en ai marre de ceux là ! Et puis, Spielberg a réussi à faire un chef d’œuvre multi-récompensé en adaptant un des plus grands traumatismes de l’Europe, (La liste de Schindler), alors qu’on l’a accusé de faire des films trop commerciaux avec ses Jurassik Park. Je veux prouver que je peux faire aussi bien en m’attaquant à ce genre cinématographique

Michel : Heu…D’accord mais t’es au courant qu’il y a eu un dyptique de Rivette en 94 ? Ce n’est pas trop tôt pour en proposer une nouvelle version à la France.

Luc : Réveille-toi Michel ! Je veux qu'elle ait une résonance internationale et pas uniquement sur le sol métropolitain. Je vais prendre des pointures comme acteurs. Et puis, il vaut mieux que trop tôt que trop tard !! (Ah putain ! Mais c’est bon comme réplique. Je suis sûr que je vais pouvoir la caser dans mon film.)

Michel : Ouais, sans doute, mais es-tu conscient qu’un film historique, abordant le thème de la foi, sont souvent des films sérieux, vu par un public exigeant et pointilleux, ne rencontrant pas facilement le succès en salles.

Luc : Oui, je le sais ! C’est pourquoi j’ai trouvé ma locomotive, mon argument de choc : Milla Jovovich. Vu le carton du Cinquième élément, ça va marcher. Je vais prendre aussi des acteurs oscarisés comme Faye Dunaway, Dustin Hoffman afin de donner du crédit cinématographique à l’ensemble. J’ai même un rôle pour Vincent Cassel , de mon poto Kasso, l’ayant révélé dans la Haine. Comme cela, je vais récupérer le public adolescent vouant un culte à ce film.

Michel : Pardon ! Des acteurs américains dans un film historique français ??? Je ne suis pas certain du résultat. Ils sont en train de finaliser une nouvelle version du Masque de fer avec Di Caprio, Malkovich qui a l’air catastrophique. (Et il n'en a pas que l'air...)

Luc : Les américains le font bien alors pourquoi pas nous ! Et mais attend, Malkovich, ce n’est pas l’acteur ayant joué dans L’empire du soleil de Spielberg. Je t’ai déjà dit que la carrière de ce réalisateur m’inspirait. C’est une bonne idée, je le veux dans mon film. C’est en train de prendre une bonne tournure, je le sens.

Michel : Mais, attend un peu, tes fans risquent de bouder le film s’il n y a pas d’action, ils vont le trouver un peu chiant, non ?

Luc : Je ne suis pas né de la dernière pluie… Il y a bien des scènes de batailles à réaliser…C’est là où je vais exceller pour leur en mettre plein la gueule, un peu comme Braveheart de Gibson. Il faut que ça saigne, ça suinte la sueur et la boue. Excellent ! Je viens de trouver mon pitch pour le vendre à l’international : c’est un Braveheart avec une femme ayant une détermination et une volonté de fer pour obtenir ce qu’elle veut, comme Nikita. Oh putain ça va déchirer !

Michel : Peut-être ! Mais il y a déjà des versions de qualité comme celles de B.DeMille, Dreyer, Bresson, Fleming, ou encore Otto Preminger. Tu penses faire le point face à eux, sérieusement ! Pourquoi te lancer dans un tel défi casse-gueule ?

Luc : T’inquiète pas, j’ai l’habitude depuis que j’ai voulu mettre en scène Le dernier Combat. Personne n’y croyait. Regarde où j’en suis maintenant ! J’ai les tripes pour le faire. Crois-moi. Je vais y mettre du cœur à l’ouvrage en me lançant dans ce projet titanesque pour le cinéma français.

Michel : En es-tu vraiment sûr ?

Luc : Ecoute, la meilleure façon d’être sûr de quoi que ce soit ? C’est que bien souvent notre intuition est notre meilleure conseillère. (Je suis vraiment en forme aujourd’hui…une ligne de plus pour le scénario). Et j’y crois vraiment à fond à ce projet !

Michel : On est quand même proche de l’an 2000, tu devrais plutôt faire un film plus divertissant ? Moins prise de tête ? Regarde les gens ont peur de la fin du monde, d’un bug ou d’une connerie dans le genre, en ce moment.

Luc : OK ! Pour te rassurer, j’ai déjà l’idée d’une suite pour Taxi. Comme ça, si je me ramasse au box-office avec Jeanne d’Arc. Je vais récupérer du pognon de l’autre côté pour continuer à faire les films que je veux voir sur grand écran et obtenir un rééquilibrage financier. (Les dérives du producteur commencent à pointer le bout de leur nez !)

Michel : C’est parfait pour moi ($$$). Je me lance dans l’aventure. T’es vraiment le meilleur, Luc !! (Quand le studio a trouvé un poulain…leur flatterie est souvent leur meilleure arme)

Critique :

Encore une fois, ce film montre la plasticité de l’œuvre de Luc Besson, en effectuant un virage à 180 degré en passant de la science fiction colorée (Le cinquième élément) à une épopée historique et dramatique, d’une jeune femme ayant eu une destinée unique. Tout cela en moins de 2 ans.

Fini les personnages de pure fiction, il s’agit d’un de ses films les plus exigeants en adaptant un personnage historique et prophétique, ayant eu des répercussions au-delà de la France. Et cela tout en essayant d’égaler les cinéastes l’ayant déjà adapté sur grand écran. A l’aube de l’an 2000, le défi était gigantesque mais pas impossible pour lui.

Adaptant librement la destinée de Jeanne d’Arc, notamment pour expliquer le besoin irrépressible de« bouter les anglais hors de France », Luc ne le limite pas uniquement aux révélations divines reçues par cette jeune fille, mais le double d’un traumatisme, tout à fait plausible pendant la Guerre de 100 ans, donnant une réalité palpable à son combat jusqu’au boutiste, pour le spectateur rationnel et athée.

Malgré cela, Besson n’occulte aucune scène clé de sa destinée. A travers ce film, il s’évertue à prouver qu’une femme peut avoir un impact positif dans un monde, essentiellement patriarcal, assoiffé de sang (guerre) et de profit. En effet, toute l’assemblée autour du dauphin, Charles VII, ne vit que d’opportunisme et de soif de pouvoir, pendant que tout le peuple souffre et meurt de faim. Cela est visible au moment où il doit rencontrer Jeanne pour la première fois, en audience publique, à travers les personnages d'Alençon (Pascal Greggory), Gilles de Rais (Vincent Cassel). Cette constante n’est pas que masculine puisque ces aspects se retrouvent également à travers le personnage perfide et vicieux de Yolande d’Aragon, admirablement interprétée par Faye Dunaway.

Je tiens à aborder une critique injustifiée descendant la prestation de John Malkovich, comme étant trop simplet et infantile dans son incarnation du futur roi de France. En effet, ce portrait est très proche de la réalité car il n’avait pas la confiance et les capacités nécessaires pour gérer ses fonctions royales. D’où le coup de pouce donné, non sans arrière pensée, par la belle-mère, Yolande d’Aragon. De plus, physiquement, il se rapproche des représentations picturales connues du personnage, confirmant cette impression.

Même, l’armée et notamment, Dunois, joué par Tcheky Karyo (Bob dans Nikita), considèrent que le dauphin Charles VII est complément fou de laisser le contrôle d’une armée à une femme n’ayant aucune compétence en stratégie militaire mais seulement dotée de sa foi pour mettre en déroute l’armée anglaise.

Cependant son imprévisibilité et son côté direct va avoir un impact énorme dans le succès de ses offensives, suscitant l’admiration et un soutien sans faille pour cette adolescente encore mineure, au moment des faits. En assumant complément son rôle et en se considérant, comme un des leurs, en s’habillant comme un homme pour éviter tout débordement sexuel au sein des troupes, Jeanne a permit à l’armée de croire, à nouveau, en elle, après toutes ses années de guerres.
Ainsi, elle seule représente la pureté et l’innocence dans ce monde en déroute devenant un véritable symbole de renaissance nationale face à l’ennemi. Son incarnation par Milla Jovovich, totalement habitée par son rôle, laisse transpirer l’impulsivité et la puissance de sa foi dans ses actes, sans réfléchir à leurs conséquences sur les pertes humaines, tellement certaine d’être le vrai.

La violence des combats sanglants et exécutés sans aucune pitié est bien retranscrite. Cela contraste avec tout ce que l’on est en droit d’attendre d’une meneuse d’homme aussi jeune et féminine comme Jeanne d’Arc, étant à l’origine de cette croisade contre les anglais et les Bourguignons étant à leur solde.

La bande originale retranscrit bien ce que ressent Jeanne d’Arc, ainsi que tout ce qu’elle traverse comme épreuves pour tenir le but qu’elle s’est fixée, par le biais de ces révélations et traumatismes. Véritable personnage musical apportant une identité sombre et spirituelle à ce film historique dont la destinée est tragique, tout en donnant de l’ampleur aux apparitions de Jeanne. L’orchestre symphonique utilisé pour la première fois d’Eric Serra sied admirablement à l’importance de ce qui est évoqué dans le film. Il magnifie également le personnage de Jeanne d’Arc dans certaines scènes.

Ce long métrage s’efforce de montrer comment le politique ou le religieux utilise le divin et/ou des individus pour des motifs personnels, quitte à fabriquer des martyrs à peine majeures, afin de reprendre ou maintenir le pouvoir entre leurs mains, tout en sortant d’une guerre terrible ayant épuisé le peuple de France.

J’apprécie énormément le dernier tiers se déroulant entre son emprisonnement et son procès totalement iniques par les anglais. Il est vraiment intéressant pour les raisons suivantes :

Que les français ne sont pas les seuls à être montrés comme mauvais dans leurs actions, à travers cette bobine. Les anglais ne peuvent admettre une défaite aussi humiliante, mettant à mal la fierté et la puissance de leur nation, provoquée par une femme sortant à peine de l’adolescence. En conséquence, ils vont se montrer aussi fourbes et pervers que le Diable qu’ils pensent combattre en livrant Jeanne d’Arc au bras séculier, dans les meilleurs délais.

Les scènes entre Jeanne d’Arc et sa conscience jouée par Dustin Hoffman sont excellentes. Elles montrent les failles et le désespoir d’une personne ayant perdu ses illusions à travers son combat qu’elle pensait juste, tout en étant dicté par le divin, d’après elle. Cette repentance et cette acceptation montre indéniablement la force d’un être aussi jeune et porteur d’autant d’espoir pour la France. J'ai même trouvé un aspect prophétique entre le personnage de Jeanne et Besson dans les raisons de leur déchéances.

Tu n'as pas vu ce qui était, Jeanne. Tu as vu ce que tu voulais voir.

Le fait d’apprécier la détermination et l’aplomb dont à fait preuve Jeanne d’arc pendant son procès malgré les attaques, chantages, ou manœuvres indignes subies autant devant les juges ou que dans sa prison.

Se clôturant sur l’émouvant My Heart Calling, j’ai trouvé ce portrait maîtrisé, malgré quelques libertés prises sur la réalité historique. Bien qu’étant un des ses films les plus longs (2h40), je ne suis pas ennuyé une seconde.

Impact du film sur la carrière de Besson :

Jeanne d’Arc marque la fin de l’apogée de la carrière de Besson en raison du faible succès rencontré au niveau international. Cet échec l’empêcha de récupérer des parts en tant qu’actionnaire de Pathé alors que leur partenariat avait fonctionné superbement jusque là. Et ceci malgré les 3 millions d’entrées effectuées sur le sol français. Malheureusement pour beaucoup d’entre nous, il se consolera en voulant développer sa société de production EuropaCorp.

Après les années 80 mettant à l’honneur des personnages masculins solitaires cherchant à trouver un sens à leur vie du dernier combat jusqu’au Grand bleu, les années 90 ont permis à Besson de créer des icônes féminines importantes à travers ses films : Nikita, Matilda, Leeloo, Jeanne.

C’est devenu une des caractéristiques de sa filmographie. Malgré l’échec de ce film, il abordera de nouveau le film historique en adaptant une partie de la vie de Aung san suu kyi, 12 ans plus tard, grâce à la volonté de Michelle Yeoh, avec The Lady.

Ainsi dans les années 2000, il reviendra derrière la caméra en faisant des expérimentations qui n’auront pas le même impact que les deux périodes précitées. A suivre.

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