"Mon manège à moi, c'est toi !"

Avis sur Jumbo

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Critique publiée par le

Critique initialement publiée ici le 12 Juin 2020
Alors que l’année 2020 aura été marquée par la pandémie du Covid 2019 et aura mis aussi bien à mal les salles de cinéma que la distribution des films programmés sur cette période, voici le nouveau fléau qui devait affliger le cinéma francophone.

Film de tâcheron en herbe ou premier film d’adolescente sous codéine ? La question reste posée.

Jumbo suit Jeanne, une jeune femme introvertie, et très peu adepte des contacts humains.
Celle-ci vit avec sa mère, et travaille dans un parc d’attraction dont le manager, Marc, semble avoir une attirance pour elle. Mais les voies du cœur de Jeanne sont impénétrables.

Passé un pitch de romance en carton, la réalisatrice Belge Zoé Wittlock nous offre un film OVNI dans laquelle la protagoniste principale vit une romance avec l’attraction phare de la fête foraine dont elle est la gardienne de nuit.
S’ensuivra alors un enchaînement de poncifs maladroitement exécutés tous droit issus des films mettant en avant des personnages LGBT : la difficulté de vivre pleinement sa sexualité lorsque celle-ci sort de la norme, la difficulté à affronter le regard des autres, le rejet, conformation à une relation hétéronormée pour tenter de comprendre sa différence etc…

Ce qui aurait pû être un beau projet et une fable fort sympathique sur le droit à la tolérance aura pour forme finale un film grotesque aux situations les plus acabradabrantesques, sans jamais arriver à réellement nous faire épouser le point de vue de Jeanne. L’on ne cessera d’imaginer durant les élans enamourés de celle-ci envers son grand-huit, le contre-champ sur des figurants hagards et complètement déconcertés par les scènes auxquelles ils viennent d’assister. Pire encore, devant un naufrage qui pourrait faire rougir de jalousie le Titanic, le spectateur ne pourra s’empêcher de fantasmer un film bien meilleur dont le point de vue principal serait la mère de Jeanne et son combat pour réussir à comprendre et accepter sa fille affublée d’une paraphilie très envahissante.

Fort d’un casting dont il n’arrive jamais à exploiter le potentiel, Jumbo accomplit la merveille de rendre Noémie Merlant atteinte du syndrome de William Shatner, qui consiste à donner à ses phrases un timbre à côté de la plaque et y insérer des césures sorties d’une dimension pas encore explorée par l’être humain, et sans doute à juste titre.

Emmanuelle Bercot va bien, même si dans son rôle elle peut se retrouver concurrencée par sa poitrine étrangement mise en avant comme un protagoniste de plus, bien que le film en ait suffisamment.

Cependant il faut reconnaître que la partie féminine du casting est celle qui s’en tire avec le moins de mal, puisque face à ces dames nous aurons la chance de croiser Bastien Bouillon. Ce dernier, sans doute surpris par le nombre de scènes dans laquelle Noémie Merlant apparaît dénudée, semble avoir confondu le film avec une production Marc Dorcel et a décidé d’adapter son jeu en circonstance. On l’en comprend et on l’en remercie puisqu’il rappellera aux plus déviants des spectateurs les passages les plus inénarrables des films de Jean-Marie Pallardy en incarnant la personnification du label « Beauf de France ».

De son côté, Sam Louwick se donne tout le mal du monde pour rendre son accent flamand incompréhensible et dégager tout intention émotionnelle de son jeu. Une véritable performance.

La réalisation n’est pas en reste. Si elle s’avère « propre » (sous réserve d’avoir à ses côtés un flacon de gel hydroalcoolique), elle est souvent à côté de la plaque, se rapprochant de celle d’un film d’horreur. Acte manqué ou décision d’une artiste bien trop consciente du film qu’elle est sur le point de livrer ? La réponse n’arrivera jamais, et c’est tant mieux puisque tous les gens se l’étant posé ont déjà mis les voiles.
On savait les Belges revanchards (et l’auteur de ces lignes est bien placé pour le savoir, puisqu’il est Belge lui-même), mais on ne les savait pas vicelards. Bien mal nous en a pris.

Zoé Wittock livre la première déclaration de guerre franco-belge, rendons-lui la coupe du monde, sous peine de la voir faire d’autres films.

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