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Le revoir, c’est voyager dans le temps, dans ma mémoire.

Sa découverte, c’est juste un de mes tous premiers souvenirs de film, et, probablement, un de mes tous premiers souvenirs tout court, réactualisé à chaque vision, traversant mes âges en même temps que l'évolution de mon amour pour ce film.

Tout s’est imprimé ce soir là : mon père me résumant brièvement avant que le film ne commence l’histoire d’Un Nouvel Espoir – épisode que j’allais découvrir quelques années plus tard et que lui avait découvert plus jeune au cinéma (pour moi, au final, Lucas n'a finalement réalisé que des préquels à ce premier épisode que j'ai vu !), le jingle de feu La Cinq annonçant le film, le magnétoscope encore neuf qui l’imprimait sur la bande d’une vhs dont je ne me suis jamais séparé, la coupure pub (une seule !) que j’ai fini par connaître aussi bien que le film à force de visionnage, mon premier sabre-laser que je m’étais construit en clipo juste après la fin, la tête pleine d’images et le cœur encore plein d’émotions, des émotions que j’arrive à effleurer encore aujourd’hui en le revoyant pour la Nième fois.

Ce n’est décidément pas qu’un film, c’est un vestige d’enfance, un morceau de mémoire. Ça n’a pas de prix.

Et les choses qu’il me disait, sans pouvoir à l’époque y mettre des mots, mais dont je sais maintenant combien elles ont été importantes et font encore partie de moi. Ce qu’il me disait sur l’amour impossible, les douleurs de l’apprentissage, les premières blessures du corps, la découverte d’un nouveau rapport au monde, à la fois plus spirituel, plus inquiet et plus concret, la confrontation avec le Père et tout ce qu’il induit de questionnements sur l’origine, sur l’héritage et la transmission, le passage à l’âge adulte et comment il semble tout soumettre à la gravité, et l’initiation au désespoir, à la perte des illusions, à l’ambivalence des relations et des sentiments, et la difficulté parfois de communiquer son amitié, son amour… Bref, devenir adulte !

C’est difficile d’en parler de façon concise et ordonnée tant il y a dire et par où commencer : je pourrais en faire mille fois l’éloge que je le ferais de mille façons différentes. Cette sublime cité d’ivoire enveloppée de nuages pourpres, ces immenses mastodontes de métal avançant inexorablement dans les plaines enneigées de Hoth, ces limbes brumeuses de Dagobah - entre racines et cimes, entre enfance et sagesse, L’Empire contre-attaque appose à l’imagerie merveilleuse et simple du premier opus une superbe patine onirique qui, en plus d’en décupler le pouvoir enchanteur, fait se fondre la forme et le fond en un alliage inflexible, sombre et dense, où se mêlent vase, neige, métal et larmes. Comme pour forger le plus inaltérable des Contes.

Et dans ces forges, l’alchimiste Kershner travaille sa matière avec élégance, sensibilité et sagesse, dressant reliefs et creusant abîmes sur le plan narratif génialement agencé par les mages Lucas, Brackett (un peu) et Kasdan (beaucoup !) avec un sens du drame époustouflant, nous re-contant une histoire vieille comme l’Histoire.

Pour sa direction artistique démente magnifiée par la perfection chromatique de la photographie de Peter Suschitzky, L’Empire contre-attaque est aussi un grand film d’ambiances, multipliant les atmosphères construites avec un soin maniaque et contenues par la musique étrange de Ben Burtt et ses sons d’un autre monde : ces échos sinistres de ululements lointains hurlés par quelques oiseaux étranges peuplant les marais de Dagobah, les bourdonnements presque organiques de la salle de congélation avec ses battements, ses respirations dissimulant insidieusement le souffle terrifiant de Vador. Ne restait plus qu’à y faire chanter la symphonie divine d’un John Williams au talent transcendé, et c’est la jubilation absolue.

Et ces personnages en mutation, gagnant en ombre, en cœur, en charisme, en complexité, en panache, évoluant de pair avec le talent de leurs interprètes, tous humbles mais tous formidables…

On lit souvent que toutes les suites voudraient être L’Empire contre-attaque, mais combien de suites ont pu fleurir depuis mais paraissent bien fanées à côté d’un tel bouquet de génie. Comme l’a si bien dit un internaute amoureux de ce film (LordAsriel d'Allociné qui, je l’espère, ne m’en voudra pas de le citer), ce film, on lui dirait « Je t’aime » qu’il serait capable de nous répondre « Je sais ».

Omael
10
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