Giallo d'oeuf

Avis sur L'Étrange couleur des larmes de ton corps

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Rentrer dans L'Etrange Couleur des Larmes de ton Corps (quel titre!), c'est comme pénétrer un labyrinthe cauchemardesque aux dédales infinis, à l'image de cet incroyable décor en huis-clos d'un immeuble aux couloirs éternels et aux mille et une chambres : un concentré de giallo, où tout, jusqu'à la fin, n'est qu'énigme intérieure et fantasme démesuré, improbable, vraiment, oui, étrange. A ce titre, le film est impossible à résumer : commençant sur une vague histoire de disparition, il se divise ensuite en une multitude de faisceaux d'histoires qui se découpent et se croisent comme les roseaux des fenêtres baroques de sa maison des horreurs, dans des genres et des couleurs toujours différentes, sans jamais vraiment donner leur clé, révélant surtout l'inventivité considérable sur le plan technique (les jeux sur les focales, sur les palettes, sur l'univers onirique avec un montage toujours déstabilisant) de ses auteurs incontestablement doués.

Mais le choix de cet hermétisme jusqu'au boutiste s'avère moins courageusement lynchien que cache-misère d'un fond vraiment cheap : le fil conducteur de ce labyrinthe de sensations est au moins aussi bêtement psychanalytique que dans les plus faibles des gialli, un vague discours sur l'obsession vénale et un retour aux premiers émois comme fondements du fantasme, un rêve de possession absolue et de voyeurisme sur lequel se déclinent finalement de manière assez transparente chacun des épisodes. De fait, une fois passé le déroutement initial de ces séquences apparemment sans liant, le spectateur commence paradoxalement à trouver chaque image du subconscient trop ostensiblement signifiante, et le film de commencer sérieusement à tourner en rond et à se mordre la queue, répétant ad nauseam sa mécanique en circuit fermé, et donc provoquant de moins en moins le vertige. Rond, clos, parfaitement lisse et poli comme un oeuf, L'Etrange Couleur répand donc finalement au moment de se briser dans un final définitivement kitsch plus de blanc que de giallo : une stridence et des rêves liquides plus appétissants et immaculés que réellement nourrissants ou dangereux.

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