Les Innocents

Avis sur L'Heure de la sortie

Avatar Ed Pays
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Comme à mon habitude, je suis rentré dans la salle vierge de tout préjugé sur ce film, n'en ayant pas même vu la bande annonce. On entre assez brutalement dans L'Heure de la Sortie.

Une classe studieuse, la 3ème 1. Une douzaine de visages plongés dans leurs cahiers, pas un bruit. Le professeur, debout au fond de la salle, ouvre une fenêtre. Après un court moment d'hésitation, on le voit monter sur une chaise, enjamber le rebord de la fenêtre et se jeter dans le vide. Son geste ne sera jamais véritablement expliqué dans le film. C'est le point de départ du récit. Un professeur suppléant, Pierre Hoffman (Laurent Lafitte), est recruté pour prendre sa suite et préparer la classe au brevet des collèges.

Au fil des scènes, on en apprend un peu plus sur cette fameuse 3ème 1. Il s'agit d'une classe expérimentale, regroupant une douzaine d'élèves triés sur le volet parmi les plus brillants de la région. Le collège Saint Joseph est un établissement pilote, qui met tous les moyens pédagogiques dont il dispose pour les pousser à l'excellence. Ils sont en avance sur le programme, très en avance.

Très vite, une atmosphère d'étrangeté et d'inconfort s'installe chez le spectateur. Ces enfants, âgés de moins de quinze ans se montrent inquiétants. Quelque chose se trame au sein d'un petit groupe de 6 élèves de la 3ème 1. Apolline, Clara, David, Brice, Dimitri et Sylvain forment un groupe d'amis très soudé. Ils adoptent rapidement un comportement de défiance envers leur nouveau professeur. Cette ambiance pesante et froide m'a rappelé les livres de la collection Chair de Poule que j'aimais bien lire quand j'étais enfant. Où cela va-t-il nous mener? Je n'irai volontairement pas plus loin dans le développement de l'intrigue car ce n'est pas ce qui m'intéresse en premier lieu dans cette critique.

On découvre assez vite que L'Heure de la Sortie est un film à thèse, que l'enjeu dépasse très largement les histoires particulières des personnages portés à l'écran. Derrière les belles images et la musique vaguement électro très "cool" de Zombie Zombie (qui avait déjà signer la B.O. d'Irréprochable, le précédent film de Sébastien Marnier), se détache un message très clair.

La civilisation serait à la veille de son effondrement. L'humain, dans sa course au profit et à l'accumulation matérielle, a sacrifié sa maison, la planète Terre. Cheesy, je sais. Les images fictives filmées par l'équipe de Sébastien Marnier sont ponctuées de vidéos amateurs, prises à l'occasion de raz-de-marées, marées noires, inondations, incendies, cataclysmes en tout genre. C'est exactement ce qui nous est donné à voir chaque jour, à l'heure des journaux télévisés, et cela depuis des années.

C'est précisément ce qui inquiète notre bande de collégiens. À leur âge, ils devraient tout juste commencer à s'éveiller à la vie d'adulte. Malheureusement, cela fait déjà très longtemps que leur innocence s'est envolée. Ils ont grandi trop vite. Ils sont rongés par l'angoisse et un sentiment d'impuissance. Pour surmonter son trouble, Dimitri prend des cachets que lui a prescrits son médecin. Gavés comme nous tous à travers les médias et les écrans d'images pré-apocalyptiques et de cris d'alarmes, ils ont perdu tout espoir en l'avenir. Les 6 jeunes amis ont décidé qu'ils voulaient fuir cette réalité.

En plus de délivrer un message écologiste de circonstance, L'Heure de la Sortie met les adultes face à leur irresponsabilité et à leurs échecs. À force d'exposition, nous sommes devenus insensibles aux signes des divers dérèglements du monde. Nous regardons, ébahis, incapables de bouger, pendant que la marée charrie pêle-mêle plastique et migrants noyés. Puis pour oublier on danse, on se saoule, se divertit, pense à autre chose. C'est ce qui explique que Pierre Hoffman, même si il sent un danger imminent roder autour d'eux, a tant de difficulté à comprendre ses élèves, avant de découvrir ce qui les rend si sombres. Les adultes, infantilisés, ont failli à la mission de protéger leurs enfants, devenus adultes trop tôt.

"Monsieur Hoffman, vous n'oublierez pas de ramasser votre cigarette.
Un mégot met 2 ans à se dégrader dans la nature."

De Chair de Poule, on est passé à Stephen King. L'Heure de la Sortie est un film très noir et pessimiste, et cela jusqu'aux derniers plans.

Au bord d'un lac aménagé pour la baignade, Apolline et ses amis se tiennent debout, le visage crispé dans une expression de terreur. M. Hoffman les rejoint et regarde, sidéré, la centrale nucléaire voisine prendre feu puis exploser. À l'arrière-plan, au ralenti, des baigneurs pris de panique quittent les lieux dans la précipitation. Comme si courir pouvait encore les sauver. Suivent plusieurs plans montrant le collège et une carrière de pierre, vidés de toute présence humaine.

C'est bien cette souffrance psychologique des enfants, fortement palpable, qui m'a touché dans le film. Les voir privés de leur légèreté et de leur enfance par la négligence, voire l'inconscience de leurs aînés est assez difficile. Je retiendrai de L'Heure de la Sortie ces émotions troubles et amères, plutôt que l'aspect plus divertissant du thriller.

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