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Avis sur L'Heure suprême

Avatar Sergent_Pepper
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Sur bien des points, L’heure suprême est une variation de ce que sera L’isolé : un couple improbable, mal assorti et pour lequel l’amour est tout sauf une évidence, des petites gens à la marge, le rôle prépondérant de la guerre.

La différence est celle du ton et des moyens mis en œuvre. L’heure Suprême est beaucoup plus ambitieux que le petit huis clos intime qui lui succédera, et se prête volontiers à l’hyperbole.
L’attention portée aux décors est toujours aussi forte, ici entièrements structurés sur la verticalité et l’ascension, comme l’annonce le carton initial : “For those who will climb it, there is a ladder leading from the depths to the heights - from the sewer to the stars - the ladder of Courage.

Le protagoniste surgit ainsi littéralement de terre, sortant des égouts pour empêcher une jeune fille de se suicider. L’ascension qui sera la leur suivra différents paliers, à commencer par cette formidable montée d’escalier en un très long plan séquence pour atteindre l’appartement mansardé et sa vue de carte postale sur Paris : on contemple les étoiles, les monuments, et on se laisse aller à envisager la normalité d’un foyer, avant que la guerre ne vienne changer la donne.

Car le titre est explicite : le but du voyage est spirituel. Alors que le protagoniste se proclame athée tout en acceptant les aides conséquentes du prêtre, le parcours qui sera le sien, dans l’adversité et l’amour, ne pourra que le conduire vers la grâce de la foi. D’abord fanfaron qui s’autoproclame « a very remakable fellow », Chico a en lui les ressources pour aider les autres sans savoir qu’elles sont chrétiennes. C’est la même idée qui sous-tend la devise qu’il impose à sa femme avant de partir au front : « Never look down, look up »

Les images sont toujours aussi splendides, les clair-obscur et les contrastes d’une densité exceptionnelle. Borzage est aussi à l’aise dans l’intérieur d’un loft que sur les plans plus large du champ de bataille, reconstituant l’épopée des taxis de la Marne et s’essayant avec bonheur aux scènes de guerre.

Le mélo ayant ses exigences, le final ne fait pas vraiment dans la dentelle. Au miracle de l’homme qui marche dans L’isolé répond ici celui d’un mort qui n’en est pas un, d’un aveugle clairvoyant et de la grâce divine qui ruisselle sur un couple transi de gratitude. Cela fait certes partie du programme, mais on a tout de même connu prosélytisme un peu plus subtil.

C’est le moment où l’on joue la carte du regard historique : L’heure suprême est un très joli représentant du mélo muet, et sa forme l’emporte largement dans la postérité sur ses mignonnes bondieuseries.

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