Qu'est-ce qu'on a fait au bon Ch'ti ?

Avis sur La Ch'tite famille

Avatar Alexandre Agnes
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Si Dany Boon n'avait pas signé lui-même La Ch'tite famille, on aurait pu sans peine l'attribuer à la filmographie nauséeuse de Philippe de Chauveron, comme le troisième volet bouclant une trilogie gerbante entamée avec Qu'est qu'on a fait au bon dieu ? et A bras ouverts. Car à l'instar de ces deux points noirs du paysage cinématographique français, cette comédie jamais drôle ne fonctionne que sur une accumulation de clichés navrants, poussant la caricature à la limite du racisme social.

D'un côté, la Ch'tite famille en question : affublée d'un accent insupportable, s'exprimant dans un langage ici revendiqué comme particulièrement pauvre (on s'assied sur la conjugaison, le vocabulaire est réduit au minimum : pas sûr cette fois que les gens du Nord apprécient "l'hommage" grossier de l'enfant du pays), elle vit au milieu d'une casse de bagnoles et est composée, entre autres, d'un père débile incapable de se servir d'un grille-pain ou d'une machine à laver et qui assaisonne sa salade avec de l'essence, d'un fils alcoolique pas foutu de faire un créneau avec l'épave qu'il conduit et de sa femme sapée comme une cagole, trop conne pour déchiffrer les indications de lavage sur l'étiquette d'un costume.

De l'autre, la pseudo élite parisienne, qui parle avec la bouche en cul de poule, est trop boursouflée de suffisance pour dire bonjour au petit personnel, organise des vernissages pompeux autour de meubles design forcément mal pensés, dîne de plats vegan insipides, manipule dans la plus totale immoralité, etc.

Dany Boon orchestre ce match "gros cons de bouseux VS gros connards de Parigots" avec la subtilité d'un tractopelle. Le film, déprimant dans sa photographie et ses décors, recopie éhontément certaines scènes de Bienvenue chez les Ch'tis (Boon renversé par une voiture, son souffre-douleur qui prend des cours de Ch'ti, Line Renaud agressive avec sa bru...), englobe son scénario absurde et affligeant d'une B.O. mielleuse tristement illustrative, et se conclue par un happy end qui résume à lui seul l'extrême condescendance dont fait ici preuve son auteur, à la fois envers les Ch'tis et sa vision grotesque du parisianisme : le designer qui avait renié sa famille du Nord pour aller dessiner des meubles inconfortables pour les riches pédants de la capitale renoue avec la simplicité de ses origines et monte une agence plus modeste dans laquelle il crée du mobilier... à base de canettes de bières. CQFD.

Ah si, il y a une séquence après encore, en guise de générique, dans laquelle on fête l'anniversaire de la mère au milieu des tracteurs avec le père qui chante "Que je t'aime" en Ch 'timi, les paroles apparaissant sur l'écran façon karaoké.
Mais là, faut pas déconner, je me suis barré.

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