En provenance directe du Brésil, La Cité de Dieu reste un choc, un tourbillon de violence filmé avec une maîtrise inouïe et un réalisme à toute épreuve. Nous y suivons sur plusieurs années des gosses, adolescents et hommes d'une favela de Rio de Janeiro, plongés dans un quotidien de drogue, de violences, de meurtres et de soleil. Un quotidien "banal" où la mort peut se cacher à n'importe quel coin de rue, campée par une bavure policière ou un gamin de huit ans.
À la limite du documentaire, entrecoupé de séquences visuelles paradoxalement étourdissantes et d'une photographie brûlante, le film de Fernando Meirelles et Kátia Lund nous place d'entrée de jeu aux côtés de nos jeunes protagonistes, Buscapé le gentil aspirant photographe, Zé Pequeño le tueur sanguinaire, Bené la tête pensante, Manu le Coq, Thiago... Autant de personnages hauts en couleurs qui peuplent une ville aux mille facettes que les réalisateurs parviennent à faire sans peine exister, allant des bas-fonds grisâtres et délabrés aux luminosités aveuglantes des plages de sable blanc.
Le jeu naturel des acteurs (parfois très jeunes et surtout inexpérimentés) s'allie donc à un scénario s'étalant sur plusieurs années, dévoilant comment évoluent les personnages, ceux qui restent, ceux qui meurent, et comment fonctionne une des favelas les plus dangereuses du monde. Meirelles et Lund filment ainsi une dure réalité à travers un long-métrage poignant, bouleversant, irrévérencieux et parfois à la limite du soutenable, dont on ne ressort pas indemne.