Le Barnum de tous les possibles.

Avis sur La Danza de la Realidad

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Soyons clairs, La Danza De La Realidad se doit d’être vu pour deux raisons :
1 – C’est le retour, après 23 ans d’absence (encore plus que Malick, osé), d’un cinéaste culte. L’homme derrière La Montagne Sacrée, l’homme derrière El Topo, l’homme derrière Santa Sangre (mon préféré).
2 – Vous y verrez MOULT choses que vous n’avez jamais vu auparavant au cinéma.

Autobiographie idéalisée, rêvée, dramatisée, mais surtout imagée (et quelle imagerie !) de son enfance à Tocopilla, petite bourgade du nord du Chili, La Danza est un film-carnaval fou, un charivari cinématographique où tout, vraiment tout, semble possible. D’une seconde à l’autre l’émotion cède le pas à un gag désamorceur, le graveleux tutoie le sublime, le too much extrême la précision la plus fine, et pêle-mêle se confondent jovialement estropiés ivres (ah l’amour éternel de Jodo pour les freaks), concours canins déguisés, scène d’urophilie graphique (et ça c’est peu commun, qu’on se le dise), de masturbation légumière métaphorique, des milliers de poissons échoués et des clowns travestis, dans un patchwork absolu des souvenirs et obsessions du cinéaste.

C’est d’ailleurs dans cette œuvre crépusculaire (à 84 ans on peut le dire) que les obsessions qui ont toujours traversé ses films sont encore plus véhémentes qu’autrefois, à la fois plus vives et plus troubles. La préoccupation religieuse notamment, avec ce fantasme christique récurrent, ici personnifié par la figure paternelle, incarné par le fils de Jodo, lui-même incarné par son petit-fils, que sa mère, qui s’exprime en chantant continuellement (et pisse sur son mari en invoquant Dieu + danse nue et peinte en noire avec son rejeton, but this is another debate), prend tout d’abord pour son propre père. Vous suivez ? Oui, c’est un peu de la quintessence Oedipienne que nous avons là, ou une grosse thérapie familiale extrême et bariolée.

Alors pourquoi « seulement » 6 ? (et encore j’ai hésité avec 5)
Comme vous avez du le comprendre, ça part dans tous les sens. Et par tous les sens, j’entends même les plus extrêmes. OK, Jodorowsky n’a jamais été un adepte de la demi-mesure, ni du politiquement correct (on pourrait parler du scandale que fut la sortie de Fando & Lis, por ejemplo), et même s’il livre ici un récit merveilleusement déraisonnable, certes, et même plus fluide que ses précédents faits d’armes, il n’empêche que tout cela aurait gagné à être plus calibré, plus consistant, et moins long aussi. Alors que la première moitié du film se concentre uniquement sur Alejandro, l’enfant, dans une vision initiatique de sa jeunesse, dans tout ce qu’elle a de symbolique et de burlesque, on ne s’attend pas à ce que tout d’un coup, la deuxième heure se focalise sur son père, présenté auparavant comme une figure menaçante, et la dictature du cœur de se transformer en chronique politico-héroïque, toujours extravagante certes, mais qui perd beaucoup du charme candide du début, de cet aspect nostalgique propre à l’enfance. Plus réaliste, beaucoup trop longuette (c’en est parfois presque énervant), et de fait beaucoup moins fascinante, cette deuxième moitié dessert l’ensemble et tire une balle – en caoutchouc oui – mais quand même, dans le pied de cette danse de la réalité aussi irréaliste que profondément honnête.

Drôle, glauque, exubérant, La Danza De La Realidad s’avère – et sans grande surprise finalement - être beaucoup, beaucoup de choses : un film d’épreuves, un film-fable, et avant tout un film-somme.
Et rien que pour ça, et pour l’incroyable faculté qu’a - et a toujours eu - Jodorowsky de trouver du beau dans la laideur la plus dure, il se doit d’être vu, qu’on y soit sensible ou pas. Me reste cependant l’amère déception de ne pas avoir un avis plus tranché sur l’objet…pour le moment ?

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