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les joies de la cambrousse

Avis sur La Dernière Séance

Avatar Chaton_Marmot
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Les premières images en noir et blanc nous font entrer dans une ville fantôme de western : un bled paumé où le vent soulève la poussière et fait rouler les tumbleweeds dans la rue centrale; un patelin d'où les jeunes ne rêvent que de s'échapper, et où la quasi absence d'intimité ne compense pas la solitude.

Le scénariste Larry Mc Murtry (auteur du roman original) touche à l'universel en peignant le particulier. A sa sortie, la plupart des spectateurs du monde occidental pouvaient reconnaître la disparition fulgurante de leur propre mode de vie rural dans cette petite ville du Texas des années 50, tout comme cette galerie de personnages : les crétins qui passent le temps en malmenant l'idiot du village, les épouses frustrées devenues cyniques ou désespérées... Et les deux adolescents qui vivent leur passage à l'âge adulte, Sonny un garçon naif et Jacy la blonde menant les mecs par le bout, qui vont ou non réussir à échapper au destin de leurs aînés et à s'évader.

Bogdanovitch dresse une suite de portraits acerbes, qui imprègne le film d'une amertume de plus en plus forte, tempérée seulement par la figure paternelle bienveillante de Frank l'ancien cowboy. Il apporte un répit provisoire, simplement en partageant avec Sonny un souvenir doux-amer de sa jeunesse. Puis la chute dans le monde reprend, les rancoeurs s'accumulent entre les amis, les erreurs se multiplient jusqu'au point où l'aimable garçon du début aboutit à se dégoûter lui-même. Mais peut-être la confidence d'une femme cynique et désabusée, baissant un instant sa garde pour évoquer elle aussi un fugace bonheur passé, lui offre-t-elle une possibilité de recul sur sa situation, et une forme de consolation dans le partage de leur peine... Ou bien les bras d'une autre femme, que ses déceptions n'ont pas enclose dans une amertume malveillante... Seulement dans le désespoir et la résignation.

Le film choisit la compagnie des laissés pour compte, ceux qui restent derrière, les derniers à fréquenter la salle de cinéma désertée, à végéter dans leur trou en compagnie des fantômes. Le projecteur s'éteint, et les lueurs des rêves, abandonnant seulement la nostalgie d'un âge d'or fantasmé à ceux qui n'ont aucun espoir.

Parmi les acteurs incarnant avec justesse ces éclopés de la vie, j'ai été étonné de retrouver Cloris Leachman, la "nurse Diesel" du High Anxiety de Mel Brooks, dans un des rôles les plus émouvants du film. Qu'il s'agisse d'elle, d'Ellen Burstyn, de Ben Johson, j'ai l'impression qu'on leur a rarement offert ailleurs des rôles à la mesure de leur talent (elle a reçu un oscar, les deux autres ont été nominés). Bogdanovitch lui-même a-t-il jamais retrouvé un aussi bon sujet ?

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