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La Fille de Brest par / /

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Après le succès critique de La Tête haute, la cinéaste française signe un thriller médical poignant, qui retrace la genèse du scandale Mediator. Adapté du livre de la pneumologue -et lanceuse d’alerte- Irène Frachon, ce film sociétal engagé exprime toute la colère des victimes, et dénonce l’injustice d’un système quasi-intouchable.

Dans l’océan de l’injustice, Irène Frachon survit. Elle tente de ne pas se laisser submerger, dans des flots qui la dépasse. Pneumologue au CHU de Brest, la scientifique fait bien pâle figure face aux géants pharmaceutiques. Dans le courant des années 2000, elle établit le lien entre des morts suspectes par valvulopathie et la prise de Mediator. Ce médicament, des laboratoires Servier, est censé lutter contre le diabète et est souvent prescrit comme coupe-faim. Des résultats embarrassants, surtout pour une firme qui a déjà dû faire face au scandale de l’Isoméride quelques années auparavant. Mais cette héroïne du quotidien -en quête de justice et de vérité- va s’insurger contre ces grands groupes. Encore faut-il qu’il y est quelqu’un pour l’écouter…

Le schéma est classique, mais à peine croyable. «La réalité est peut-être 10 fois pire» témoigne après la projection Anne Jouan, la journaliste du Figaro qui a révélé l’affaire en 2011. Et ce, alors que les études sur la toxicité du médicament ont débuté dès 1997… En rappelant forcément une certaine Erin Brokovich de Steven Soderbergh (2000), ce long-métrage s’avère terriblement efficace. Un résultat dû en partie à la prestation de l’actrice danoise Sidse Babett Knudsen dans le rôle d’Irène Frachon. Suggérée par Catherine Deneuve en personne, celle qui pouvait ressembler à un étrange choix de casting se révèle être un pari gagnant. Une performance dynamique, qui ne laisse guère la place à l’indifférence ; si certains seront en admiration devant son implacable détermination (parfois à outrance), d’autres seront exaspérés par ce personnage omniprésent à l’écran, à la limite de l’hystérie. Entre le génie et le ridicule, il n’y a qu’un pas.

Une mise en scène chirurgicale

Benoît Magimel, dans le rôle du docteur Le Bihan, est également une victime collatérale du Mediator. Il y perd sa réputation, et doit s’exiler au Canada pour poursuivre sa carrière sereinement. Un personnage totalement dépassé par les évènements, au pire de sa forme. Comme son interprète. Si le film met en avant quelques tensions, Irène Frachon tient à préciser que dans la réalité sa relation avec son collègue était tout à fait cordiale.

Emmanuelle Bercot avec l’actrice danoise Sidse Babett Knudsen sur le tournage de La Fille de Brest.
Le parti pris se veut fidèle à la réalité. Les plans ont été tournés à Brest, au Figaro, au Ministère de la Santé… et renforcent l’identité du film. La mise en scène est maîtrisée -notamment les scènes chirurgicales- et la bande-son pour le moins hasardeuse. Mais l’important n’est pas là. L’oeuvre aborde avant tout l’aspect émotionnel de cette affaire. Obnubilée par ce travail titanesque, Irène Frachon se rend compte qu’elle n’a pas vu sa famille depuis des semaines. Et ce alors que son mari l’attend au domicile conjugal, et que ses enfants grandissent. Lorsque l’article du Figaro est publié, l’information est reprise dans tous les médias. La femme de fer laisse alors place à la femme éreintée. Elle a réussi, et ce n’est pourtant que le début.

Rendre hommage aux victimes

Si certains personnages sont trop caricaturaux (notamment Anne Jouan, interprétée par Lara Neumann) -pour une affaire qui ne l’est pas du tout-, Emmanuelle Bercot se fonde uniquement sur le factuel. Pas de spectaculaire, la vérité parle d’elle même. Un retour soigné pour la réalisatrice, après le très réussi La Tête haute (où elle dirigeait déjà Benoît Magimel, récompensé par deux César). La cinéaste de 49 ans signe un long-métrage encore mieux maîtrisé, et poursuit sa progression. Au point même d’entrer dans une nouvelle dimension. Adapté du livre d’Irène Frachon Mediator 150mg : Combien de morts?, le film a joui d’un joli succès au box-office avec plus de 400.000 entrées. Un thriller médico-sociétal qui rend hommage aux victimes du Mediator, qui n’ont -pour la plupart- toujours pas été remboursées. Car, comme l’indique Irène Frachon, «ce sont à minima 2.000 personnes qui sont mortes de cette erreur humaine».

Guillaume Narduzzi

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