Entre drame social et romance, LA FILLE DU PATRON est un film lumineux.

Avis sur La Fille du patron

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Eté 2014, dans une rue de Roanne, aux abords d’une école, une moto se gare. Une petite fille en descend, dit au revoir à son père et… « Coupé ! ». Olivier Loustau délaisse le deux-roues et se précipite derrière la caméra pour regarder la prise. « On la garde ». Pendant deux mois, il répétera cet incessant ballet. L’acteur, à la barbe foisonnante, souvent vu chez Kechiche (d’ailleurs l’affiche du film ressemble beaucoup à celle de La faute à Voltaire), a décidé de passer à la réalisation. Jouant des deux casquettes, pour la première fois sur un long, parce qu’il n’a trouvé personne d’autre pour interpréter Vital (et « parce que c’était moins cher », plaisante-t-il), Olivier Loustau se dédouble sur le plateau. Intransigeant, concentré, il passe d’un rôle à l’autre sans sourciller pour coucher sur pellicule un projet qu’il porte depuis sept ans.

Dans son film, Olivier Loustau, également au scénario, raconte l’histoire de Vital, la quarantaine, chef d’atelier textile dans une usine et également entraîneur de l’équipe de rugby de la boîte. Sa vie bascule lorsque débarque Alix (Christa Théret), la fille du patron, venue mener une étude d’ergonomie dans la boîte.

En tant que Roannais, je n’aurais jamais cru que les ruines industrielles de ma ville serviraient un jour de décor à une romance. Après avoir déjà vu trois fois LA FILLE DU PATRON, force est d’admettre que ma vieille cité au passé textile en jette sur grand écran. Mais voir son chez soi au cinéma ne garantit par la qualité d’un film… Même quand il est produit par Julie Gayet et que Sébastien Chabal y fait un caméo. Heureusement, Olivier Loustau évite toute franchouillardise dans le récit et s’affranchit des codes d’une comédie romantique pur jus qui auraient pu suffire à son script dans un cinéma français parfois bien peu inspiré. Aussi, c’est plutôt du côté du cinéma social qu’il faut regarder pour trouver où le cinéaste puise son inspiration. Il y a du Loach, du Renoir et du Rossellini dans LA FILLE DU PATRON.

Plutôt que de parler d’amour et tromperie, Olivier Loustau parle d’esprit collectif dans son film. Entre ces tricoteurs en lutte pour que survive leur boîte, ces rugbymen qui se donnent corps et âme sur le terrain et ce couple sur le déclin (celui de Vital et sa femme, Mado), sans oublier ces femmes d’ouvriers, fortes et soudées, les vrais héros du film sont là. Le réalisateur dépeint surtout des groupes, des forces communes et raconte, au passage, un monde ouvrier de l’intérieur, loin du ton revendicatif trop souvent vu. Résultat, les aventures « égoïstes » de Vital et Alix, s’avéreront liées à l’avenir du groupe. Comme causes de funestes conséquences. En faisant démarrer un nouveau chapitre pour Vital, Olivier Loustau s’attarde surtout à soigneusement tourner la page de sa vie d’avant. LA FILLE DU PATRON, n’évoque donc pas une rencontre, mais des séparations. Multiples. Le film décrit des fins de cycles : industriels, sportifs et amoureux. La trajectoire croisée rappelle un peu Billy Elliot avec le chemin personnel du héros sur fond de conflit social et ses conséquences pour les autres personnages.

Ce qui marque, dans LA FILLE DU PATRON, c’est la force avec laquelle cet esprit collectif prend forme à l’écran. Olivier Loustau parvient à capter une forme de réalité simple et terre à terre. La scène d’ouverture, un barbecue après un entraînement, qui succède à une mêlée où les corps s’enchevêtrent, donne à voir les liens forts qui unissent les nombreux personnages. Leurs interactions à l’usine, leurs plaquages sur le terrain et leurs beuveries sonnent justes et jamais plombées. Le cinéaste ne sombre jamais dans le misérabilisme. Ses ouvriers sont lumineux. Le film l’est tout autant. Radieux même. Et même en parlant de difficultés économiques ou de couple à la dérive, le long-métrage s’autorise son lot de bonnes vannes qui font mouche.

Il faut alors saluer un casting excellent dans l’ensemble. Olivier Loustau, bestial et tendre à la fois, incarne un Vital avec puissance. Patrick Descamps offre une prestation subtile dans le rôle du patron. Les seconds rôles, qu’ils soient joués par des professionnels ou non, font naître un sentiment de « vrai » dans le jeu. Florence Thomassin, en épouse au bout du rouleau, a dans les yeux, une force évocatrice en Mado et, plusieurs fois, brise le cœur. Enfin, Christa Théret joue la jeune amoureuse avec fraîcheur. Quoi qu’il en soit, Olivier Loustau les aime ses acteurs et il le montre, en leur donnant de l’espace pour s’exprimer. Car, dans un sens, LA FILLE DU PATRON est un film d’acteur. Un film fait par un acteur, pour des acteurs. Un film où la technique se met à leur service pour mettre en avant leur jeu.

Dans un sens seulement. En effet, les acteurs sont mis en valeur, mais la technique n’est pas en reste. Le film est beau ! Soulignons le travail de Crystel Fournier (directrice de la photographie), Virginie Montel (directrice artistique) et Ludovic Giraud (1er assistant-réalisateur) qui, avec le regard d’Olivier Loustau, donnent au film sa beauté. Entre les plans audacieux de mêlées, les vues hypnotiques de machines, les cadrages serrés à mi-épaule et les mises en scène symétriques, le cinéaste compose son film tel un horloger suisse. Alors, certes, les acteurs ont de la place dans les rouages, mais la mécanique est précise. On en oublierait presque que c’est un premier film.

Critique d'Etienne pour Le Blog du Cinéma

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