La La Land : fable contemporaine du rêve hollywoodien

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Déjà récompensé par trois Oscars en 2014, Damien Chazelle signe un véritable chef d’oeuvre avec son nouveau projet. Une gracieuse histoire d’amour toute en musique, imprégnée de la quintessence d’Hollywood.

Los Angeles, là où toutes les saisons se ressemblent. Alors qu’ils sont coincés dans les embouteillages monstres de la «City Of Stars», Sebastian (Ryan Gosling) et Mia (Emma Stone) se croisent pour la première fois; il la klaxonne, elle lui répond avec un majeur tendu vers le ciel. Une première rencontre mouvementée, qui va devenir l’acte fondateur d’une relation passionnée, comme seul Hollywood peut encore nous en offrir.

Tous deux nourrissent des rêves utopiques, presque naïfs. Sebastian est un féru de jazz, pianiste dans de petits clubs. Mais en attendant le retour en grâce du blues, il est obligé de jouer pour de petits groupes. Mia aspire à une carrière de comédienne, mais en avant de décrocher LE grand rôle, elle est contrainte d’être serveuse dans un café.

C’est donc une évidence lorsque Mia retrouve Sebastian, dans le restaurant dirigé parJ.K. Simmons (manifestement l’acteur fétiche du réalisateur), en train de jouer du « modern jazz » au piano. Dans une atmosphère des années 1960, les deux stars en devenir se promènent dans les rues californiennes. L’aurore y est d’ailleurs sublimée par la technologie EclairColor. L’occasion est toute trouvée pour les premières chansons, les premières danses. Les premiers émois.

Le virtuose Damien Chazelle à la baguette

Grâce à une mise en scène dynamique et élégante, La La Land se révèle être bien plus qu’un simple hommage à la comédie musicale. Si les références aux classiques du genre (Chantons sous la pluie, Les parapluies de Cherbourg, Un Américain à Paris, Sweet Charity, Les Demoiselles de Rochefort…) sont explicites, elles ne sont pas le sujet du film. Derrière ces multiples apostrophes, se cache une histoire romanesque -et romantique- totalement assumée.

Au delà de la performance technique (les acteurs ont assuré eux-mêmes l’intégralité des chants et des chorégraphies), le long-métrage est un ravissement absolu. Armé de son -légendaire- second degré, Ryan Gosling y est parfait. L’acteur de 36 ans s’est pleinement investi, apprenant à jouer du piano en trois mois seulement pour être crédible. Pari réussi. N’en déplaise à Isabelle Huppert, Emma Stone est éblouissante.

Pour l’américain Damien Chazelle, c’est la confirmation d’un immense talent après le -remarquable- Whiplash en 2014, et de sa prédisposition à filmer la musique. Reste tout de même à voir s’il saura se renouveler dans un autre style, lui qui a mis près de six ans à développer ce projet. Une réponse qui arrivera prochainement, puisque Damien Chazelle s’apprête à diriger de nouveau Ryan Gosling, cette fois dans le rôle de Neil Armstrong (First Man).

Une fin en apothéose

Après son succès historique aux Goldens Globes (7 prix pour 7 nominations), La La Land aborde la dernière ligne droite des Oscars en tant qu’immense favori. Ce film d’Hollywood sur Hollywood ne cesse d’enthousiasmer les critiques mondiales du 7e art. Seul bémol, c’est également un film « de blancs, sur des blancs ». Embêtant dans le contexte actuel des Oscars, lorsqu’on défend corps et âme les origines du Jazz… D’autant plus que le chanteur -noir- John Legend y incarne ici « le mauvais aspect commercial du Jazz ».

Quelques défauts, qui ne viennent toutefois pas ternir les dix dernières minutes exceptionnelles de ce véritable chef d’oeuvre, où l’émotion monte crescendo. Après une ultime ellipse de cinq ans, Damien Chazelle démontre tout son génie; plutôt que de narrer la suite logique de l’histoire, le cinéaste préfère se concentrer sur tout ce qui n’arrivera jamais. Les étoiles et la grandeur d’Hollywood ne suffisent pas toujours; les amours demeurent éphémères.

Guillaume Narduzzi

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