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C’est comme un ogre qui dévaste tout sur son passage ou un rollercoaster qui aplatit la moindre parcelle de bitume : le dernier film de Damien Chazelle, et la hype qui l’entoure, sont connus de tous. Et la rafle des prix qui arrivent va dans ce sens-là. Whiplash a laissé des marques : les bruits de fûts résonnent encore dans le tympan du spectateur que nous sommes. Et sans nous décontenancer, le réalisateur américain reste dans la même thématique : celle de la musique. De cette dernière, le cinéaste va construire une comédie musicale (ou pas) aussi vintage que moderne qui transpire l’amour de la musique et la nostalgie d’une certaine forme d’art. Cette fois ci, l’américain joue la carte du romantisme plutôt que celle de la violence.

Malgré tout, Whiplash son précédent film, et La La Land, fonctionnent tous les deux autour d’un duo. Alors que le premier voyait s’émanciper une relation tyrannique entre un professeur totalitariste et un élève forcené au travail, La La Land ne s’inscrit pas dans cette démarche anxiogène et physique. Non, Damien Chazelle décide de manier avec simplicité et douceur un couple de rêveurs qui gagne à être connu. L’histoire simplette de deux personnes tombant amoureux mais voulant s’octroyer leurs moments de gloire. Sauf que les deux films ne sont pas si éloignés que cela dans leur finalité même, quant au poids de la musique et l’intransigeance du travail ou quant à la place de l’art en général et les concessions d’une vie.

Dans l’architecture de cette œuvre qui surnage entre légèreté amoureuse et amertume identitaire, les rêves ne sont pas si fantomatiques que cela. Au contraire, ils deviennent de plus en plus opaques avec le temps : comme une chimère qui s’étend jusqu’à ne plus voir l’horizon. La La Land est une petite balade symphonique, aux chorégraphies musicales attendrissantes, qui illustre avec un certain charme, les sacrifices opérés par deux artistes qui veulent s’épanouir et se reconnaitre en tant que tels : ceux de la jeune Mia qui rêve de franchir les planches du cinéma et ceux de Sebastian, pianiste, qui songe à ouvrir son propre club de jazz. Mais entre les divers recalages durant d’éphémères castings et l’ennui mortifère de multiples sessions dans de lymphatiques piano bars d’opérette, leur avenir radieux s’éloigne de plus en plus d’eux-mêmes.

Pour se faire, Damien Chazelle délaisse un peu sa mise en scène rugueuse voire doloriste pour laisser s’échapper une réalisation plus souple, qui s’acclimate plus aux pas de danses euphoriques qu’au martèlement des caisses. A l’image de cette première séquence sur le bord d’autoroute qui voit tous les automobilistes sortirent de leurs voitures pour danser et chanter leur amour de la musique
dans un défilé de danses aussi contemporaines que classiques. La diversité artistique, la liberté définissent l’œuvre. Cette scène, qui donne le ton du film, lance l’œuvre sur les chapeaux de roue. Mais qu’on se le dise très vite, La La Land n’est pas une comédie musicale aussi perchée ou survitaminée qu’un Moulin Rouge de Baz Luhrmann : les envolées musicales ne sont pas si nombreuses.

Le film de Damien Chazelle est un doux cocktail rafraichissant qui reprend les codes onduleux de la comédie musicale avec son atmosphère jazzy et son esthétisme calfeutré. Plans fixes, travellings, mouvements circulaires, Damien Chazelle quadrille sa mise en scène et allège son montage, devenu moins frénétique pour cette fois ci, s’appesantir sur la complémentarité de son duo composé de Ryan Gosling et Emma Stone. Qui fait ici, des merveilles entre la fougue juvénile de Stone et la folie cadenassée de Gosling. Entre moments musicaux sous les notes minimales de piano ou les apostrophes de trompettes et une narration habituelle d’une romance, La La Land est dotée d’une respiration cinématographique adéquate qui permet de plaire aux personnes férues de comédie musicale comme de satisfaire les allergiques au genre.

Car si la musique est le fil rouge du film, elle n’est jamais agencée comme un simple bouche trou mais devient même un lien entre les deux personnages voire même un motif d’incertitude. Malgré les notes de piano qui marqueront à jamais l’une de leurs premières rencontres, la frontière est étroite entre amour et ascension. Dans la simplicité de ses traits, l’écriture de Damien Chazelle ressemble parfois à celle d’un Woody Allen dans l’élégance désuète et rétro de ses personnages. Et c’est peu dire que Damien Chazelle a un peu rentré les crocs par rapport à ce qu’il avait fait avec Whiplash et sa vision besogneuse de la musique. Derrière la recherche de perfection qui parfois nuit au sentiment de douceur du film, La La Land inspire une sympathie et une empathie inévitable.

Sans tomber dans la pastiche parodique d’Hollywood comme l’avait fait Michel Hazanavicius avec The Artist, Damien Chazelle perd un peu de son mordant avec sa trame conventionnelle, lissée, académique, pour dérouter son auditoire comme il avait pu le faire avec la scène finale de Whiplash. Alors qu’il était un peu le rebelle de la classe, c’est à se demander si Damien Chazelle n’a pas voulu enfiler le costume du premier. Mais ce qu’il perd en férocité, il en gagne en beauté. Notamment dans son esthétisme fantomatique et nocturne, dont l’utilisation de la lumière aussi criarde que sombre ressemble à s’y méprendre à celle de Coup de Cœur de Francis Ford Coppola et cette plongée dans un Los Angeles aux reflets nébuleux. Puis, La La Land dose ses émotions et dispose d’une richesse acidulée notamment par le discours qu’il entreprend autour de son personnage de Sebastian, qui a parfois des allures de Llewyn Davis du métrage des frères Coen avec sa vision puriste de la musique et l’intégrité artistique face à une nouvelle génération de music-hall.

La La Land parle de cette passion dévorante, d’un amour qui doit laisser place au bonheur de l’autre. Elle le sait, il le sait : sans lui, sans elle, ils n’auraient pas eu le courage de passer le cap. Mais cela a un prix. Entre l’art et la passion, il faut faire un choix. Et c’est de cette petite rengaine délicate, de cette simple idée que le film de Damien Chazelle confère à son œuvre une aura douce-amère qui érige des étoiles hollywoodiennes aux souvenirs et regrets intarissables. Tout comme Whiplash, La La Land se finit par un regard : un entrebâillement à la fois de mélancolie et d’enivrement.

Velvetman
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