As time goes, bye

Avis sur La La Land

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Il flotte sur Los Angeles une impression de légèreté.
Un parfum d'imprévu, une bulle de joie prête à éclater au coin de chaque rue à la première note d'un piano sorti de nulle part. Soudain, la ville respire une musique permanente, colorée, enthousiaste, la mélodie contourne les voitures, les feux, les obstacles et s'insinue dans les mouvements quotidiens d'une foule n'attendant qu'elle pour s'embraser.

Pourtant, pour qui prête l'oreille, quelques notes viennent troubler cet ensemble festif. Celles chuchotées par une actrice perdue face à un miroir, celles effleurées par un pianiste de jazz au Lipton's. La nuit, sublime écrin obscur traversé des lumières de quelques étoiles, pose sa chape de plomb sur les réjouissances et n'éclaire plus que quelques âmes perdues.

Des âmes désuètes, enfermées dans des rêves empreints de nostalgie, des rêves de Casablanca et de Thelonious Monk, dans une mélancolie impropre à leur temps.
Sous un épais manteau noir de jais, la collision de deux de ces comètes fait naître des étincelles d'une beauté rarement égalée. Surplombant la ville endormie, quelques claquements de pas autour d'un banc engendrent un tourbillon de vie qui embrasera la ville, sa jetée crépusculaire et son cinéma en perdition, entre sons de piano et de klaxon.

La musique fige le temps, décore l'instant. De l'exubérance d'une soirée hollywoodienne à la liberté éclatante née d'un embouteillage, elle capture des moments solaires. Et une fois la nuit tombée, alors que les lumières se tamisent, quelques notes de piano éclairent les rues sous le néon rouge d'une ville bleutée, ou dans le calme apparent d'un appartement. La douceur, la mélancolie remplacent l'euphorie. La musique emplit la sphère intime, jusqu'à exploser dans un instant enchanté.
Le va-et-vient intolérable de l'horloge s'arrête, les lois de la physique prennent un répit, et les nuages, les étoiles, les planètes accueillent une valse à mille temps. Un envol féérique, dicté par la légèreté et la grâce. Un tourbillon de vie qui s'immisce plus haut que les Dieux, aux confins d'un univers qui s'étend pour accueillir cette tornade de pureté.

Montés si haut, le retour sur Terre peut être brutal. Face à la bassesse du quotidien, face à sa confondante morosité qui piétine allégrement les fantasmes, la tristesse et le conflit refont surface. La nuit redevient propice à la solitude, à la mélancolie. Le piano résonne amèrement, les notes qu'il émet arrachent quelques larmes, quelques souvenirs.
Ne reste plus alors qu'à s'engager dans un élan désespéré vers une dernière chance. Une dernière ouverture, une dernière porte, une dernière possibilité de ne pas oublier ses rêves, dans un mouvement de gratitude pour ceux qui rêvent, ceux qui osent. Here's to the fools who dream...

Finalement, le temps passe. Insensible, il s'associe à l'espace et éloigne, trace deux lignes. Trajectoires croisées de deux étoiles, vouées à se séparer, mais réunies par hasard.
Réunies sous l'égide de quelques notes de piano les isolant du monde, les entourant de vide, elles partagent un dernier éclat, une dernière gerbe de beauté qui inonde les yeux et les coeurs. Quand la mélodie s'arrête, le monde reprend son cours. Leurs trajectoires se quittent, liées par un dernier sourire, un dernier souffle, un dernier regard. Éternel.
Here's looking at you, kid.

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