Le montage comme technique de combat

Avis sur La Nouvelle Babylone

Avatar Lionel Bonhouvrier
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Bon film à la vision tranchée (anti-bourgeoise et pro-ouvriériste) évoquant la guerre de 1870 et la Commune de Paris.
Des trains à destination du front se chargent de soldats. Les bourgeois s'excitent au comble du chauvinisme : "Saignez les Prussiens !" Une femme se déguise en Marianne, on chante La Marseillaise : "Qu'un sang impur abreuve nos sillons !"

Pendant ce temps, à la "Nouvelle Babylone", les clientes s'arrachent ombrelles, écharpes et tissus. La vendeuse Louise, gagnée par la folie ambiante, crie "prix bas !" - oublie un moment sa faim. Le propriétaire du grand magasin, au sang froid de reptile, pose comme pour l'exécution de son buste par un sculpteur. Rêve-t-il du musée Grévin ? Il convoite Louise et l'invite à sa table.

Notables et gens du peuple vivaient dans des mondes séparés, parallèles, avec des costumes, des modes de vie et des idées différents. Le film les compare pour ouvrir les yeux des spectateurs sur la lutte des classes. Les ouvriers opprimés travaillent dur et gagnent peu. Les bourgeois profitent de leurs rentes et des plaisirs de la vie (ne perdant pas leur vie à la gagner).
Au grand magasin, société en miniature, les jolies vendeuses sont la proie de bourgeois oisifs (le patron, un député), qui veulent passer du bon temps.

La technique de juxtaposition des deux mondes permet une comparaison immédiate. Le montage devient technique de combat.
Parmi de nombreux exemples, les réalisateurs juxtaposent :
- la folie consommatrice des bourgeoises (achat de vêtements) et la consommation effrénée des plaisirs (boire, manger, danser...)
- avec des scènes extatiques de travail dans la joie (couturières) sous la Commune : "Nous ne travaillons plus pour enrichir le patron mais pour nous !"
L'opposition binaire entre ouvriers victimes de la production et bourgeois profiteurs de la consommation apparaît dans sa crudité, sa cruauté.

L'opposition est aussi géographique entre les Communeux de Paris et les Versaillais, avec l'Assemblée nationale et le gouvernement de Thiers, qui préparent militairement leur revanche politique et sociale. Les paysans, ces idiots utiles incarnés par le pitoyable Jean, plongent leurs mains dans le sang des Communards (terme d'abord péjoratif). Ainsi les fils de la bourgeoisie gardent les mains propres.
Les moments d'émotions sont poignants : quand les insurgés chantent Le Temps des Cerises, ou au cœur des barricades assaillies ou pendant les fusillades de la Semaine Sanglante.

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