Une grande fresque marseillaise à la Altman

Avis sur La ville est tranquille

Avatar Elsa la cinéphile
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Je viens de revisionner ce film, le plus noir de Guédiguian mais je n'ai pas regretté tellement je le trouve touchant et abouti.
Certains diront que Guédiguian en fait des tonnes dans le pathos, mais je comprends tout à fait qu'il ait voulu montrer cet aspect là des choses qui va sans doute de pair avec la désillusion qu'il ressent en ce début de vingt-et-unième-siècle et qui reflète bien les désillusions de toute une génération.

Ce film à la Altman dresse un portrait de destins qui se croisent dans cette ville de Marseille où comme ne le dit pas le titre, tout n'est pas tranquille.
On y voit Michèle (jouée par Ariane Ascaride), qui travaille de nuit à la criée aux poissons et qui le jour tente d'accompagner sa fille (jouée par Julie-Marie Parmentier) dans sa lente descente aux enfers de la drogue, tout en s'occupant de sa petit-fille encore nourrisson.
On y croise aussi Paul (joué par Jean-Pierre Daroussin), qui a trahit ses collègues dockers en acceptant une prime de départ pour s'installer comme chauffeur de taxi.
Il y aussi Gérard (joué par Gérard Meylan), drôle de loulou, patron de bar, mais qui devient aussi tueur à gages.

De l'autre côté de la façade, si j'ose dire, on rencontre des bourgeois, prenant des apéros sur les riches villas surplombant la corniche, dissertant sur les errements de la gauche.

Les personnages secondaires très intéressants également, sont représentatifs de certains milieux, certaines catégories sociales assez variés qui forment le kaléidoscope de cette ville melting pot.
Les parents de Paul retraités, vivent en petit pavillon, visiblement nostalgiques de la gauche des années 70-80.
Abderamane est un jeune sorti de prison, qui veut aider son prochain et renouer avec sa fibre artistique.
Claude, le mari de Michèle, se rallie à un parti prônant la préférence nationale etc.

Chaque personnage évolue dans un type d'espace particulier qui caractérise aussi son milieu social dessinant des ruptures géographiques synonymes de barrières sociales.
Ainsi, on trouve juxtaposées ou éloignées, des villas luxueuses surplombant la corniche (que j'ai déjà évoquées), les rues denses du centre-ville que Paul arpente avec son taxi, les cités des quartiers nord où vivent Michèle, Claude et Fiona, les quartiers pavillonnaires où se trouve la maison des parents de Paul, le petit bar à l'Estasque tenu par Gérard, la plage où Michèle et Gérard se sont rencontrés il y a vingt ans.
Pour qui connait Marseille, on n'a pas de mal à repérer ces espaces. Pour qui ne la connait pas, on découvre un tableau vivant et varié.

La musique joue un rôle très spécifique dans ce film.
A l'ouverture, on découvre un large panorama de Marseille et ses ports sur une gymnopédie d' 'Erik Satie.
Puis on découvre ce jeune pianiste prodige jouant sur un piano numérique et dont on saura par la suite qu'il est Géorgien et qu'il joue afin de collecter de l'argent pour financer un vrai piano. Le film se termine d'ailleurs par la vision de cet enfant jouant dans la rue, sur son beau piano qui vient d'être livré, devant les regards émerveillés des ses parents et des voisins.
On entend plusieurs chansons de de Janis Joplin, dont le merveilleux morceau "Cry baby", sans doute une allusion à l'âge d'or de Guédiguian : les années 70.
Il y a une scène d’anthologie, sans doute la seule comique du film, où on voit Paul entonner l'Internationale dans toutes les langues.

Outre la bande d'acteurs à Guédiguian bien connue (Ariane Ascaride, Jean-Pierre Daroussin, Gérard Meylan, Jacques Boudet, Pascale Roberts), on découvre dans l'un de ses premiers grands rôles la formidable Julie-Marie Parmentier, qui joue des scènes de manque et de prostitution remarquables. Guédiguian est décidément un vrai découvreur de jeunes talents.

Voilà pour cette grande fresque marseillaise, que j'espère cette critique vous donnera envie de découvrir. Après, vous pouvez ne pas aimer, on est là pour en débattre ....

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