La guerre des blousons

Avis sur Le Daim

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Rares sont les réalisateurs menant deux carrières bien distinctes frontalement. Quentin Dupieux appartient à ce cercle très fermé. Réalisateur de huit long-métrages à tout juste 45 ans, il est également connu sur la scène musicale sous le nom de Mr. Oizo. Un talentueux compositeur et metteur en scène me direz-vous ? Et bien, pas seulement ! Le bougre réalise ses propres scénarios et s'occupe du montage, étape qu'il affectionne tout particulièrement. Bref, si tout le monde était comme Dupieux, on aurait 40% de chômage.

Son dernier film, "Le Daim", retrace l'histoire de Georges. Un quadragénaire qui part dans les montagnes acheter le vêtement de ses rêves, un blouson 100% daim. Sa quête étant accomplie, Georges se retrouve sans but, âme en peine dont le compte en banque a été bloqué par sa femme qui ne veut plus ni le voir, ni lui parler. Il décide alors de rester un mois dans un hôtel miteux niché au creux d'une vallée et commence à parler avec son blouson, avant de s'entendre sur une nouvelle quête très particulière…

Il y a une grande part d'absurde dans Le Daim, le personnage de Georges est, en lui-même, stratosphérique. Admirablement incarné par Jean Dujardin, qui n'est pas ici dans l'excès de mimiques comme à son habitude, Georges va, au hasard d'une conversation et de l'acquisition d'un caméscope numérique, se faire passer pour un réalisateur. Ce mensonge va accentuer son délire narcissique qu'il développe suite à l'acquisition de son blouson 100% daim. Une pastèque en hiver, un blouson payé 7500 euros, le flegme du patron de l'hôtel dont l'employé vient de se suicider, tous ces petits éléments absurdes renforcent l'idée que Georges perd peu à peu pied, glissant doucement mais sûrement de la solitude vers la folie.

Malgré la folie du personnage et de ses actes, il manque tout de même un grain de folie au film pour estomaquer pour de bon le spectateur. Les silences règnent, étouffant les dialogues qui sont en réalité sans grand intérêt, bien loin d'un Buffet froid de Bertrand Blier. Le scénario tient en quelques lignes, comme s'il avait été gribouillé sur un bout de nappe lors d'une soirée bien arrosée… et ça ne va malheureusement pas plus loin, laissant le soin aux acteurs d'emplir l'espace et à l'excellence du montage d'insuffler un rythme de qualité.

Le Daim relève du cinéma sans prétention, minimaliste. Pas de messages à faire passer, de morale ou de grands principes humanistes pour ce film noir qui n'hésite pas à déborder dans la comédie et l'absurde. Peu de moyens, quelques lieux, une voiture, deux acteurs principaux, une quinzaine de figurants et un gros paquet de blousons sont les ingrédients pour Le Daim qui, certes ne passera pas à postérité, mais qui ramène sans doute à l'essence du cinéma, sans artefacts et autres supercheries.

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