Man of steel

Avis sur Le Géant de fer

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C’est un oiseau ? C’est un avion ? Non, c’est IronSuperMan !

Le fond de Le géant de fer réside dans ce dilemme porté par les comics lus par le jeune Hogarth Hughes : ce robot venu de l’espace est-il le robot destructeur Atomo ou est-il Superman ?

Aux yeux de l’enfant, il est un super-héros. Dans les yeux des adultes endoctrinés par la peur du Rouge, il est une menace.

Et au final, il a effectivement le potentiel pour être les deux. Brad Bird fait le choix de présenter un « personnage » amnésique et de ne surtout pas alourdir son récit en expliquant ses origines. Le géant de fer est une page blanche sur laquelle Hogarth va dessiner les contours d’une personnalité pacifique. Il est le brouillon d’humanisme d’un enfant. On retrouve là la bienveillance de la SF des années 80, notamment celle de Spielberg. L'apprentissage du langage, la naïveté de leur camaraderie et surtout la force des sentiments : la relation entre Hogarth et le robot rappelle E.T. (1982).

Dans Le Géant de fer, cette philosophie du « potentiel » est le fil conducteur du récit, à tel point qu’une même phrase est répétée à deux reprises, par Dean, puis par Hogarth.

« C'est toi qui décides qui tu es. »

Cette dichotomie du robot ressemble furieusement aux machines du Château dans le Ciel (1986) de Miyazaki. Mais là où le réalisateur japonais dessine un univers fantastique, plus propice à l’universalité, Brad Bird choisit d’ancrer son récit dans une époque, la Guerre Froide.

Ce choix donne au film sa saveur. Ancrer son histoire dans la Guerre froide exaspère cette peur de l’« Autre ». Il met ainsi en scène une époque qui a redonné un souffle nouveau à la SF.

« Souvent ces extraterrestres menaçants, prêts à envahir la Terre et à prendre l'apparence des humains, symbolisent les dangers du communisme » (Patrick Brion dans Le cinéma fantastique)

L’arrivée du robot crée un pont entre cette fiction (cinéma et comics) qui alimente l’imaginaire d’Hogarth et la réalité de la Guerre froide, elle-même déformée par la propagande (et ces conseils antiatomiques hallucinants). Les frontières sont floues entre réalité et fantasme, un point révélateur de la paranoïa inhérente à cette époque.

Le nom du robot destructeur, Atomo, est en soi délicieux. Mais la présence de Superman reste la plus savoureuse. Brad Bird joue sur la double dimension du super-héros, qui a tout d’abord contribué à la propagande états-unienne durant la Seconde Guerre Mondiale.

« Au sortir de la guerre, Superman, fer de lance de la propagande patriotique, est au top des ventes depuis sa création. L'invincible justicier se voit associé à cet Etat qui a triomphé du mal nazi. S'ensuit l'entrée dans la Guerre Froide, qui ne laisse pas de répit à Superman : il devient l'incarnation du rêve américain. » (Source)

Mais quand je vois le robot foncer sur le missile nucléaire en s’appelant Superman, je ne m’empêcher de pense à Christopher Reeve (plus particulièrement dans Superman IV) qui attrape les missiles nucléaires pour les balancer dans le soleil. A cette époque, Kal-El fait échos à la course à l’armement nucléaire que se livrent les deux super-puissances.

A ces éléments de la Guerre Froide, le réalisateur glisse toutefois quelques références plus underground, notamment dans le logement de Dean, avec un poster de Kerouac ou encore la musique jazz en fond. En petites touches, le film évite de tomber dans un pur manichéisme en évoquant cette contre-culture.

Une autre absence est pour moi fortement significative dans le film, celle du père. Si la question se pose, Brad Brid n’y répond qu’avec une photo sur une table de chevet. Une pudeur de l’auteur qui se retrouve aussi dans les propos très mature d’Hogarth sur la mort. Le réalisateur fait preuve là de finesse en n’évoquant pas l’absence du père, éternel superman aux yeux d’un enfant. A savoir que le film est une adaptation du livre de Ted Huges, The Iron Man, qui avait inventé ce récit pour consoler ses deux jeunes enfants de la disparition précoce de leur mère (la poétesse américaine Sylvia Plath).

Après cette logorrhée sur le fond, quelques mots sur la forme. Le dessin en 2D est bon, sans être exceptionnel. Toutefois, l’une des grandes forces visuelles du film est le rapport d’échelle entre l’enfant et le géant de fer. L’impression de gigantisme est extrêmement bien rendue. Il prend son apogée dans cette très belle scène de rencontre avec le cerf. Un moment de grâce entre la force brute et la fragilité de l’animal. La mise à mort par les chasseurs accentue l’idée que la menace n’est pas où l’on pense.

Ces mises à échelle sont également valorisées par un montage dynamique et certains plans s’avèrent originaux et même inattendu dans un film d’animation.

Malheureusement, j’ai vu le film en VF et je regrette d’avoir appris ultérieurement que Vin Diesel prête sa voix au robot.

Il s’agissait de la première fois que je regardais ce film et j’ai été agréablement surpris qu’il ait beaucoup plu par ma fille de 7 ans (d’où la VF).

J’ai pioché des infos dans les articles suivants :
http://www.filmosphere.com/movies/le-geant-de-fer-brad-bird-1999/
http://chroniqueducinephilestakhanoviste.blogspot.com/2013/07/le-geant-de-fer-iron-giant-brad-bird.html

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