Peter, t'as le bide qui dépasse !

Avis sur Le Hobbit : La Bataille des cinq armées

Avatar Voracinéphile
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Attention, il n'y a que des spoilers dans cette critique, mais lisez la, elle peut vous éviter une déception.

Il y a tellement de mauvais points dans cette bataille des 5 armées que je ne sais pas par où commencer. D’habitude, j’essaye de réserver quelques surprises à mes lecteurs, mais là, désolé. Il faut convaincre de ne pas aller dépenser de fric pour voir ça, alors on va spoiler comme des putois, pour démontrer à quel point de nullité on est tombé. Et comme je suis sans pitié, je commence par les bons points. Enfin, le seul bon point : l’univers visuel. Cette bataille des cinq armée est une splendeur visuelle. Les armées avec leurs techniques d’attaques, les designs des armures, les décors somptueux, le lourd budget des effets spéciaux qui lèche les détails… L’équipe technique et les concepteurs graphiques de la bataille des cinq armées sont promis à un bel avenir dans le monde du cinéma, leur travail est merveilleux, et les multitudes d’idées qu’ils ont eu (les trolls catapultes, les trolls béliers, les différentes créatures, les centaines d’armures personnalisées…). Ce sont eux qui ont fait gagné des points au film. Tout le reste n’attire que le mépris, et finalement, l’hilarité tant la lourdeur du spectacle devient affligeante, tant on finit par sombrer dans le ridicule et l’hypocrisie. Ça commençait pourtant bien. Après le tour de cochon de la fin du 2, Jackson et son équipe savaient qu’il fallait étaler la monnaie direct pour se racheter, et on commence direct dans l’action avec Smaug qui déboule et qui détruit la ville. Et là, l’archer qui se prend pour Aragorn… fait une arbalète avec son fils… avec un arc cassé… et tue Smaug à 1 kilomètre avec une flèche en fonte qui passe dans un trou de balle ? Ridicule (et on nous a fait attendre un an pour ça). Là, on retourne à Erebor, et pendant ce temps, Thorin, qui avait une lueur dans les yeux à la fin du second épisode, est devenu en quelques heures le sosie de Picsou. Mais quand on vous dit sosie, c’est qu’il en fait des tonnes, insiste sans cesse sur l’avarice, se met des couronnes en or sur la tête, soupçonne ses potes de lui piquer du fric… Mais il nous refait carrément Louis de Funès dans la folie des grandeur (voir la scène hallucinante où il glisse au milieu d’une dalle en or, comme dans une piscine olympique en faisant des grimaces impayables… D’ailleurs, comptons la dénonciation de l’avarice. Thorin, qui aime en deux heures l’or plus que la vie des autres, Tranduil qui déclare la guerre pour un collier (tarlouze !), le maire de la ville qui fuit avec l’or (salopard !), l’assistant du maire de la ville (un side kick comique sorti tout droit des années 90, qui finit en robe avec des pièces plein le soutien gorge…), et enfin Thorin, qui en mourant, nous met en garde contre les méfaits de l’avarice. 5 fois, on nous ressort le message au premier degré, avec une symbolique tellement voyante qu’on hurle (même dans Gravity, la thématique maternelle était plus subtile !).

Y en a encore beaucoup, alors, on se contentera de donner simplement quelques exemples (vous chercherez les incohérences quand le film sortira sur internet, croyez moi, vous ne serez pas déçu, il y en a toutes les 5 minutes). La scène de libération de Gandalf. Bon, il est prisonnier. Cette scène ne sert pas à grand-chose, mais faut que le public soit content. Alors, y a tout le haut conseil, Saroumane, Elrond, Galadrielle, qui viennent pour péter la gueule à Sauron et à son armée de fantôme. Et quand ils ont fait toute une série de combo sur les fantômes, y a le grand œil qui apparaît avec les effets psychédéliques qu’on avait vu dans le 2. Avec son armée de fantômes en face de lui façon power rangers. Parce que même si y a du pognon, on est à ce niveau. On assiste alors à un duel de grimaces entre Sauron et Galadrielle, et cette dernière tire une tronche tellement dégueulasse que Sauron pleure un coup et s’en retourne en Mordor. Dans ta chambre et privé de Dorothée, petit sacripant !

Entre temps, Thorin refuse de donner du flouze aux survivants de la ville détruite par Smaug, parce que ses potes arrivent qu’on ne sait pas comment ils ont été prévenus, mais bon, ça a dû être prévu en hors champ. Et autant dire qu’avec la bataille finale, on a une incohérence par minute. Les nains arrivent tous à pied, et 15 minutes plus tard, des chèvres des montagnes en selles sont apparues au milieu du champ de bataille. Des trolls catapultes apparaissent pendant 30 secondes, et disparaissent purement et simplement du terrain (même chose pour les mange terre, qu’on nous vendait comme les meilleures créatures du film) Et tout le temps, alors que le combat a lieu, le montage montre les personnages principaux en train de parler pendant la mêlée, nous forçant à écouter leurs conneries faisant office de remplissage. Et les combo de Legolas. L’équipe du film les fait de façon volontaire, car ils savent qu’on s’agace de Legolas ultra cheaté. Mais ici, question ridicule, c’est le panard ! Legolas tire des épées avec son arc, saute sur des pierres en train de tomber, fait un pont avec une tour en pierre et se bat dessus… Il y a un moment où question ridicule, faut se remettre un peu en question et voir qu’on fait de la merde.

Une seule scène encore, le combat entre Azog et Thorin. La scène qu’on ne peut pas rater. Et de loin la pire du film. Ils commencent à se friter sur un lac gelé. Bon, ça passe. Puis, on ne sait pas pourquoi, Azog ramasse un caillou avec une chaîne, et il se met à taper la glace partout, en faisant manifestement exprès de rater Thorin à chaque tentative. Pendant six minutes. Je ne plaisante pas, non stop, pendant six minutes, on voit Azog qui tape sur la glace comme un mongolien pendant que Thorin le regarde faire. Et puis la glace elle se craquèle, la fourbe. Alors Thorin il s’enlève du morceau de glace. Et là Azog il tombe à l’eau et il coule. La fin la plus merdique de tous les temps. Puis là, le corps d’Azog revient contre la glace. Ah, ben il flotte maintenant ? Et là, il casse la glace et fait un bond de deux mètres de haut avant de venir planter Thorin. Au secours, le come back le plus mauvais de tous les temps ! Et là, Thorin le plante aussi, mais plus fort, donc Azog meurt, alors que Thorin a le temps de nous redire que l’argent, c’est mal. Bon sang ! En fait, comme c’est le dernier film, mon avis est que les producteurs ne se sont pas fait chier, et n’ont pas fait le moindre effort sur le scénario. Parce que c’est Le Hobbit ! Ca va passer ! C’est trop gros pour que ça ne passe pas ! Personne n’osera aller contre le rouleau compresseur. Et entre temps, tout le monde palpera les billets. Rarement blockbuster aura été aussi hypocrite, car en insistant avec lourdeur sur son message débilitant anti-monétaire, il met en relief tout le côté opportuniste de la saga du Hobbit, qui racle depuis le début sur les terres du seigneur des anneaux, faisant tout pour palper le fric. La montagne d’Erebor, c’est les poches du spectateur, en fait. Et faut le dépouiller vite fait, parce que c’est la dernière fois qu’on peut bouffer au râtelier. Alors, des centaines de combo de jeu vidéo et un scénario aux abonnés absents, pas grave. On chie sur Tolkien, mais bon, on s’en fout (tous les raccourcis sont insultants, rien que l’exemple de la côte de maille en mithril, bradée en solde chez le babou poussiéreux de la colonie naine…). Peter Jackson va y laisser des plumes, sur ce coup. On ne peut pas se foutre à ce point de la gueule d’un univers. La bataille des cinq armées est une parodie de seigneur des anneaux. L’histoire d’amour entre Tauriel et le nain dont j’ai oublié le nom est à ce titre une merveille de niaiserie. On a des dialogues de ce calibre : « Mais ça ne peut pas être l’amour ! Pourquoi ça fait aussi mal ? » « Parce que c’est un véritable amour. » . De dieu ! Je sens que je vais me taper de ces barres, à la prochaine soirée navet entre potes. Comme le suggérait assez subtilement un confrère de Senscritique, ils auraient collé la chanson des pink floyd Money ! au générique avec la trombine des différents personnages (dessinés sur du papier comme des visages de billets de banque) qu’on n’aurait pas été surpris. Et après, le film joue les timides en refusant de citer le nom d’Aragorn (vu les pathétiques copies qu’on s’est tapé ici (mention spéciale au personnage de Bard, sosie de l’héritier du Gondor, sauf qu’il hérite des pêcheurs pouilleux de Lacville, beau prestige…)), mais on te remet le début du Seigneur des anneaux pour faire la boucle. On n’a jamais vu ça, et heureusement, ça vient de se terminer ce soir.

A la fin du film, un seul spectateur a tenté un applaudissement. Toute la salle, muette par la sodomie qui venait d'avoir lieu, s'est tournée vers lui, et il s'est tassé sur son siège. Au moins, le bon sens semble toujours être d'actualité.
J'ai maintenant revu la version extended du film. Elle est évidemment meilleure, ce qui me fait encore baisser la note du machin dans mon estime. Ce montage est plus fluide et remplace tout simplement des séquences de remplissage de la version ciné par des scènes d'action épiques, gores et avec pleins de designs inédits. Ce qui signifie qu'au lieu de nous avoir montré au cinéma une version fonctionnelle, des scènes ont été complètement omises et comblées avec du remplissage (en créant nombre de faux raccords que j'avais observé lors de la sortie) pour justifier un nouvel achat. On nous vend une première version daubée pour être sûr qu'on va nous retrouver en train d'acheter l'extension afin de bénéficier d'un spectacle décent. Désolé, ça me fout un peu la rage.

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