It's like I was playing some kind of game, but the rules don't make any sense to me.

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Au tout début, il y a cette scène d'introduction parfaite. Plan fixe, Ben dans l'avion, parmi les autres voyageurs, perdu. Second plan, Ben, sur un escalator, toujours le regard fixe, vague et porté au loin. Amorphe, il ne fixe l'horizon que pour mieux s'évader. Tout cela au son de la douce mélodie de The Sound of Silence ; les paroles de Simon & Garfunkel illustrant son apathie et son malaise.

La suite du film confirme le soupçon de la première scène : Ben est un jeune homme qui, une fois diplômé, ne sait quoi faire. Où trouver la force d'avancer, pourquoi continuer à faire des efforts ? Qu'est-ce que ça aura changé ? Son comportement lors de la première minute du film prend alors tout son sens : il ne s'engage pas, reste en retrait, se laisse vivre au gré des envies des autres. Il ne fait qu'obéir, que faire plaisir à ceux qui l'interpellent, à l'instar de son père, qui le fait sauter dans une piscine en tenue de plongée devant un parterre d'invités hypocrites, dans une scène à la fois drôle et terriblement triste, ou de Mrs Robinson, qui envisage avec lui une relation adultère. Mrs Robinson, la fameuse cougar qui jette son dévolu sur lui, concrétise d'ailleurs rapidement ses envies, et très vite l'influence et l'utilise comme un objet. Le pauvre jeune homme, encore innocent et naïf, se voit alors peu à peu perverti par son amante, aspiré dans un tourbillon de faux-semblants et de mensonges : la société dans laquelle lui, sa famille, ses amis évoluent.

Au cours de cette relation cependant, rencontrant Elaine, et tombant spontanément amoureux, Ben reprend confiance en lui et en le futur. Le film repose alors sur le pari qu'il intégrera assez de courage pour rejeter le modèle de vie que tentent de lui inculquer ses parents et amis, pour vivre avec Elaine une romance sincère et passionnée. Et, apportant la réponse à ce pari, la dernière scène dans le car, absolument parfaite, géniale, mélancolique, clôt l'intrigue sur ce même ton de ravissement et de tristesse mêlés ressenti tout le long du film, par les mêmes paroles de Simon et Garfunkel entendues dans la première scène :

« Hello darkness my old friend, I've come to talk with you again... »

Ce film est un bijou. C'est un régal, pourquoi, mais pourquoi ne l'avais-je pas vu plus tôt...

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