In the Moon for Love

Avis sur Le Loup-garou de Londres

Avatar zombiraptor
Critique publiée par le

J'avais depuis un bail envie de me refaire ce film dont je gardais le plus savoureux des souvenirs, mais je me devais de patienter un peu, car quoi de mieux que de redécouvrir une oeuvre tant affectionnée sur grand écran ? Y a pas à dire, dans le contexte actuel, tout de lunettes 3D et numérique baveux constitué, les films de griffes et de crocs des 80's au cinoche, c'est l'pied.

Deux américains en rando dans la lande anglaise, pris d'assaut par la nuit et trouvant refuge dans une auberge lugubre possédée par une galerie de gueules peu avenantes. Ils posent leurs culs sur leurs chaises et tâchent de se faire oublier, le dos courbé, pouffant entre deux remarques grinçantes et blagues douteuses. Rempart de tronches figées, burinées, bar sordide, silence de mort, mots prohibés, pentacle dessiné sur un mur le tout mêlé à un humour jouasse frôlant l'euphorique contenu, le contexte est posé et le film s'annonce comme la merveilleuse et succulente comédie horrifique qu'il est, prenant, drôle et jouissif.

Le style de Landis est reconnaissable à des kilomètres, entre gore décontracté, vannes grassouillettes et sarcasme hilarant, le tout dans une photographie crue, capturant les vastes contrées foisonnantes, plaines de ténèbres, sous-sols lugubres et cinés pornos avec une simplicité pure, parfois nimbée de rais de fine lumière du plus bel effet, menant son histoire à l'arrière goût de polar glauque dans la plus communicative des bonnes humeurs et la plus poignante des créativité. Le film sait surprendre, faire sursauter et laisser pantois devant son implacable efficacité de suggestion, évoquant la traque sans jamais sombrer dans un excès mal venu, et sait prendre son temps, rythmant le tout dans une respiration chaotique où le sursaut de frayeur ne cesse de côtoyer le rire, brouillant les limites, faisant du sanguinolent pourrissant un instrument de plaisanterie et du comique de situation le rideau sadique voilant l'horreur qui guette sournoisement.

L'ensemble est une réussite du plus haut niveau dans le genre, se faisant sans le moindre doute le meilleur film de poils-qui-poussent-à-la-pleine-lune à ce jour, et certainement pour un bout de temps encore, grâce à une mise en scène inventive et jubilatoire, des situations au cynisme irrésistible, des personnages d'exception du début à la fin jusque dans les plus petits rôles, un Elmer Bernstein musicalement bien inspiré et surtout, une des plus brillantes réalisations de Rick Baker, célèbre artiste d'effets spéciaux et réalisant ici la créature. Génie forcené, Baker, non content de faire de la séquence de la transformation l'une des plus inoubliables du genre, conçoit en sus le plus réussi des lycanthropes jamais montrés à l'écran, sorte d'énorme loup à la carrure de buffle, babines écarlates suintantes et yeux jaunes exorbités habités d'une lueur saisissante. La caméra de Landis se passera bien de trop dévoiler la bête, mais sa justesse sait lui faire honneur et, en quelques plans fugitifs, sombres et haletants, la faire entrer dans les mémoires comme un des plus beaux monstres de l'histoire du cinéma. Rien que ça.

An American Werewolf in London, farce amoureuse et terreur délicieuse, n'est pas uniquement le meilleur film de loup-garou qui ait jamais vu le jour, c'est aussi un des meilleurs films de monstre qui a marqué ce cinéma si attirant par son style unique, souverain au royaume de la comédie qui bave, grogne et mord. Un film qui vaut son gros 8, mais putain, le voir au cinoche... c'était... extatique.

♫Tin tin tin-din tin tin tin-din tin tiiiiin
I see the bad moon arising
I see trouble on the way
I see earthquakes and lightnin'
I see bad times today... http://www.youtube.com/watch?v=4YlTUDnsWMo

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