Une vie aux enchères

Avis sur Le Prix du danger

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Charge corrosive contre le spectacle dans ce qu’il a de plus manipulateur, Le prix du danger est le hurlement rageur d’un cinéaste qui semble craintif pour l’avenir du monde télévisuel, reflet peu flatteur de nos sociétés modernes dans leur ensemble. Lorsqu’il met en scène un pauvre pion, rongé par l’espoir de vivre un jour au sein du rêve d’opulence que la télé lui met à portée de rétine chaque jour, qui n’hésite pas à miser sa propre vie lors d'un jeu malsain imaginé par une société qui ne compte que sur sa mort prochaine pour générer encore plus de pognon, Yves Boisset fait dans la démonstration limpide. L’univers télévisuel est condamné à vendre son âme au diable s’il veut constamment augmenter l’audimat qui justifie son existence. Une course à la surenchère qui finit forcément par autoriser l’inenvisageable, une régression de quelques années pour une audience en quête de sensations fortes qui prend la forme d'affrontement de gladiateurs à peine modernisés.

Alors forcément, devant la véhémence de Boisset, se pose la question de la nuance. Faut-il s’embarrasser d’un sous-texte subtil lorsqu’on s’attaque à un sujet aussi polémique ? La question reste posée même si le bougre répond par la négative. Pour lui, il n’est pas question de mâcher ses mots, le poing est ferme et lorsqu’il tape sur la table, c’est avec une détermination qui file le frisson. En tant que spectateur, la démonstration paraît cependant un peu cavalière, entre les appels aux dons pour la famine en Afrique, l’illustration d’une population d’ouvriers complètement manipulables, de psychopathes en puissance prêts à aller dézinguer de l’humain à la télé pour soulager leurs envies de meurtre et les portraits esquissés au marteau piqueur de producteurs véreux prêts à tout pour quelques points d’audimat, la leçon est parfois un peu trop rentre dedans.

Mais elle a le mérite d’être édictée avec un souci d’efficacité qui force le respect. Après à peine 1h30 de course poursuite, Yves Boisset boucle son histoire avec un final déprimant dont il a le secret non sans avoir tiré le meilleur des différents comédiens qui lui prêtent leurs traits : de Gérard Lanvin complètement crédible en pion maladroit bien décidé à réaliser l’impossible, à Piccoli, fantasque salopard, sublime orateur capable de retourner le cerveau de son auditoire à coup de formules fallacieuses, sans oublier la paire d’enfoirés de compétition qui trouve en Marie-France Pisier et Bruno Crémer des véhicules de premier choix, Boisset conclut en nous pointant du doigt, nous, public, en quête de l’image nerveuse, de l’émission choc. Quand les moutons tuent l’un des leurs parce qu’un loup le leur demande, qui, finalement, est le plus fautif ?

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