La reconstitution de ce qui est mort.

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Hazanavicius a une fascination pour le cinéma des années 1960. Hitchcock, mais aussi Godard.
On suit donc l'effilochage du couple que forment Anne Wiazemsky et JLG après la Chinoise, à mesure que Godard, pendant mai 68 se radicalise sous l'impulsion de Jean-Pierre Gorin.

Le film ne fait pas tant un hommage qu'un pastiche à certaines expérimentations godardiennes : intertitres colorés sur fond noir, découpage en chapitres, inversion du négatif de la pellicule, sautes, répétition d'un plan. Il y a de multiples citations de plan : le travelling du Mépris sur une croupe féminine, le plan fixe en train de La chinoise, des allusions à Week-end (l'interminable retour-engueulade sur Paris). Les scènes de couple en intérieur font beaucoup penser à A bout de souffle. Evidemment, les graffitis sur les murs, pendant que les personnages parlent, sont omniprésents.

Et l'interprétation, comme vous l'avez sans doute lu, est solide, notamment la fille qui joue Wiazemsky (pour les expressions, car au niveau de la diction, on n'est pas tout à fait dans la clarté et l'articulation désincarnée de la Nouvelle vague). Quant à Garrel, il a bien capturé le langage corporel mais son zozotement a quelque chose d'énervant.

Le problème, c'est que ce film ne parle pas vraiment de cinéma, il parle du personnage de Godard. Je n'ai pas ressenti d'amour du cinéma, de réflexion sur la création, sur ce qu'est l'image, sauf un peu au début. Le film choisit délibérément un moment de crise de créativité et s'attarde trop sur les personnages. Je m'en fous des problèmes de couple ou des errements politiques de Godard. C'est l'artiste au travail qu'il aurait fallu montrer. On voit quelqu'un de perdu, qui ne fait rien et aggresse les gens qui lui sont chers. On voit le milieu artistique dans lequel il évolue, très bien reconstitué, on s'y croirait. C'est émouvant, mais c'est vraiment trop superficiel.

Quand on a le talent d'Hazanavicius pour la reconstitution, c'est dommage de se cantonner dans l'anecdotique, de faire du comique, ou du moins seulement du comique, là où l'on pourrait relayer les idées de Godard sur ce qui compose une image, ce qu'est l'innocence. On ressort simplement bluffé d'avoir vu une bonne reconstitution historique de mai 1968. Même les pastiches tombent à côté.

Le passage qui m'a le moins convaincu est le montage du début avec les scènes de lit. Car Hazanavicius a laissé de côté (sans doute par peur de perdre le public ?) une dimension essentielle des films de Godard, celle où il a été le plus audacieux : le son. Le cinéma d'Hazanavicius, comme toute notre production, est esclave de la bande-son. Il a besoin de plaquer l'image sur une bande-son d'époque soigneusement choisie. Sur les scènes de nu, cela a un effet éminemment ridicule, qui relève non pas du film de Godard, mais de la publicité pour parfum. Il aurait fallu oser mettre des sons tirés de la rue, hacher la bande-son, etc... Il y a une scène où c'est fait (la machine à écrire), mais c'est un clin d'oeil qui ne sert pas à grand-chose.

Bref, c'est un film que j'apprécie, mais c'est au final un exercice un peu vain. Comme l'était déjà, hélas, The Artist.

Vu aux montreurs d'images à Agen.

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