Portrait d'un con génial.

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Loin du biopic attendu sur Jean-Luc Godard, Michel Hazanavicius propose un moment particulier de la vie du réalisateur, à savoir Mai 1968, au moment du tournage de La chinoise, avec sa muse et compagne Anne Wiazemsky.

Pourquoi prendre cet instant-là de la vie de Godard ? Car tel qu'on le voit dans le film, c'est un moment charnière de sa vie ; celui où il perd son talent, sa femme et, plus grave, sa jeunesse.
Comme beaucoup, j'ai un rapport très compliqué avec les films de Godard ; j'adore ses oeuvres plus traditionnelles, comme A bout de souffle, Pierrot le fou, Le mépris, le premier ayant tout de même révolutionné le montage au cinéma, en plus d'y avoir révélé Jean-Paul Belmondo.
Après La chinoise, et son succès critique et public mitigé, Godard a semble-t-il voulu casser ses jouets, et proposer une œuvre plus expérimentale, plus politique, jusqu'à un point de non-retour où ses derniers films sont plus de l'art contemporain, de l'installation, que du cinéma.

Hazanavicius essaye de choper ce moment de bascule, mais en faisant de Godard quasiment un bouffon, qui se fait casser ses lunettes à répétition, qui déclame à la foule ses idées politiques maoïstes, et tout cela sous le regard de sa compagne, Anne Wiazemsky, qui semble rester avec elle plus par amour que par idéologie. Pour ce faire, le réalisateur essaye de calquer son style sur ce que faisait Godard dans ses premiers films, à savoir des têtes de chapitres, des personnages qui parlent face à la caméra, plusieurs voix off, des musiques qu'on a entendues ailleurs (comme A bout de souffle), et surtout, des reprises de plans iconiques. Dont celui du corps nu de Stacey Martin, jouant Wiazemsky, qui est parfois filmée comme dans Le mépris ou Une femme mariée. Actrice que je trouve assez juste d'ailleurs. Tout comme Louis Garrel qui, en reprenant le physique de Godard, jusqu'à être filmé à poil lui aussi et à conserver son zozotement, en fait un personnage ô combien torturé, pour qui le cinéma ne peut plus être divertissement, mais politique.
Mais surtout, le film est le portrait d'un homme en train de basculer vieux con. A cette époque, il a 37 ans, et quand on le voit défendre dans un amphithéâtre ses idées maoïstes, avec des phrases aussi scandaleuses que les juifs qui sont devenus les nouveaux nazis, on le sent devenir un réactionnaire, où il se bat contre des gens pour ça, le cinéma étant devenu un moyen d'expression pour ses opinions. Il traite sa compagne, devenue son épouse, comme une moins de rien, la traitant de conne, voire la ridiculisant lors de ses choix de films ; le portrait de Godard est peu flatteur.
Comme la scène dans une villa à Cagnes sur Mer, il rentrer à tout prix sur Paris alors que se déroulent les évènements de Mai 1968, et réagit comme un sale gosse qui boude parce qu'il n'a pas ce qu'il veut. Jusqu'à ce qu'ils peuvent monter à six dans une voiture, et que tous n'arrêtent pas de s'engueuler durant les 800 km du trajet.

Mais au fond, on a envie de se dire ; tout ça... pour quoi ? Car si j'avais lu les livres de Wiazemsky, dévoré la biographie de Godard signée Antoine de Baeque, je n'ignorais pas à quel point Godard peut être ambigu. Mais où le cinéma là-dedans ? On dirait que le spectateur n'est pas récompensé du fait de voir un film sur Godard qui, en l'occurrence, n'intéressera que très peu les jeunes spectateurs.
Alors, on apprécie les clins d'oeils cinéphiles, le casting (où on peut rajouter le très bon petit rôle donné à Jean-Pierre Mocky), le soin donné à la reconstitution, et surtout, il vaut mieux garder l'image de Godard ses premiers films, ça vaut mieux.

Mais c'est clairement un film pour pas grand-chose...

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