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Le Septième Juré

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Film à mi chemin entre Les fantômes du Chapelier de Chabrol, et Enquête au-dessus de tout soupçons, de Petri, celui-ci dégage tout de même quelque chose d’assez singulier. En tous cas, c’est un film brillant. Brillant car intelligent dans sa construction et très juste dans le traitement de ses personnages.

Tout d’abord, ça faisait longtemps que je n’avais pas vu une voix-off si bien maîtrisée ; tout ce que peut dire Blier est d’une véracité folle ! C’est un personnage assez complexe, malheureux en somme, las de cette monotonie, las des hommes. Un homme qui considère avoir raté sa vie (en laissant tomber cette fameuse Nadia, femme qu’il aimait jadis et dont il parle de temps en temps), qui n’aime pas sa femme ni sa petite vie familiale où les jours sont tous les mêmes. Et ce que j’aime c’est que Lautner ne juge en rien son personnage, qui vient tout de même de commettre un crime affreux, on s’y attache, ce n’est pas un film très « moral » en soit.

Il y a beaucoup de scènes semblables aux Fantômes du Chapelier, ça ne m’étonnerait d’ailleurs pas que Chabrol s’en soit inspiré pour son splendide film (qui ont des « objectifs » assez éloignés par ailleurs). Surtout celles où Blier retrouve ses amis qu’il méprise tant au bar, pour jouer au bridge. Ce sont des scènes ayant exactement le même schéma ; la haute bourgeoisie de province qui se retrouve, le personnage principal et meurtrier les méprisant, ils commentent tous le crime, bref, exactement comme dans le Chabrol. Il y a cependant, dans cette clique de petits bourgeois insupportables, un personnage génial, et très différent, le vétérinaire, dont les multiples réflexions tout au long du film sont d’un immense intérêt tant il a si bien cerné le monde, la populace, même si il a un côté méprisant agaçant, c’est quelqu’un de très fin que j’ai beaucoup apprécié, surtout qu’il manie l’humour noir à merveille, il m’a fait plier de rire plusieurs fois (l’extrême qualité des dialogues aide énormément^^).

Puis il y a ce procès, où l’amant est désigné d’office comme le meurtrier, et où le vrai visage des gens apparaît. Le procureur général était particulièrement écoeurant, lui qui espère tant que la victime soit pendue dans le but d’accroître la notoriété du village. Un personnage imbuvable. Dans ce film, l’être humain est presque aussi répugnant que dans La poursuite impitoyable de Penn.
Toutes les scènes du procès sont formidablement bien dialoguées, scènes où Blier fait parler toute sa rhétorique, son éloquence, plaidant l’acquittement de cet amant bien entendu innocent.

Puis il y a ces 30 dernières minutes, très proches – dans le fond principalement – de Enquête au-dessus d’un citoyen de tout soupçon. Blier a beau clamer sa culpabilité, les citoyens s’en prennent toujours à l’amant, refusant de croire Blier, comme les gens refusaient de croire Gian Maria Volonte dans le film de Petri, même si le film Italien avait un côté beaucoup plus absurde, plus kafkaïen même.

Tout le monde est à vomir dans ce film. Et c’est bien entendu Blier, le meurtrier, qui nous est le plus sympathique. Mais j’aime la discussion qu’il a avec le vétérinaire, qui lui dit qu’ils sont tous coupables, et qu’il fait le rapprochement avec le chien qu’il doit piquer, c’est très profond (merci la qualité des dialogues, encore une fois).

La mise en scène aussi est prodigieuse : toute cette scène d’intro est magnifique par exemple, les plans sont sublimes sur fond de musique classique. La qualité esthétique est maintenue tout au long du film, avec une photographie sublime, aidée par de très beaux jeux de lumières et une certaine ingéniosité dans certains plans.

Puis on a là un Blier remarquable, peut-être son meilleur rôle, tout en nuance et assez éloigné de ce qu’il peut faire d’habitude. Un Blier au sommet !

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