L'art du crime vécu comme un plaisir

Avis sur Le Silence des agneaux

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Après les gangsters et les tueurs à gage, Hollywood s'est découvert une nouvelle génération de criminels : les serial-killers, dont ce film est un peu le porte-drapeau. Psychopathe obsessionnel, ce genre de meurtrier est particulièrement insaisissable car le mobile de ses meurtres correspond en général à une logique de désaxé, il aime jouer avec ses victimes.
C'est le portrait du tueur de ce film qui adapte avec fidélité le best-seller de Thomas Harris, mais étrangement, l'intrigue fait passer la traque du tueur en second pour s'intéresser à un autre monstre qui peut identifier ce tueur, là est toute l'astuce, et Jonathan Demme orchestre de façon diaboliquement efficace 2 h de suspense étouffant, pernicieux et malsain, un chasse-croisé morbide entre une jeune novice du FBI et un monstre cynique et raffiné, capable des actes les plus horribles. La tension monte inexorablement, la maîtrise du récit est parfaitement dosée sans faire frémir outrancièrement ou de façon bêtement sadique, en dépit d'un sujet qui était d'emblée sanglant.
Je ne suis pas très passionné par les serial-killers, même si je reconnais qu'il y a comme une sorte de fascination mal placée quelque part, mais pour cette raison et pour son sujet très nauséeux, je ne peux mettre une note élevée à ce film qui pourtant m'a scotché, en renouvelant les histoires de tueurs en série, et en remuant bien les tripes grâce à la mise en scène à effets mais fugaces, suffisants pour ressentir une sorte de dégoût ; je supporte difficilement ce type d'atmosphère délétère, d'autant plus que l'épilogue parfaitement amoral est lourd de promesses sanglantes... donc un seul visionnage m'a suffi tellement on garde en tête ce film longtemps. Je ne l'ai pas revu depuis 1993, et je n'en ai pas trop envie.
Ceci dit, c'est un film important, Jodie Foster et Anthony Hopkins forme un duo d'acteurs qui accaparent l'écran, à un point tel que le reste du casting passe presque inaperçu ; ils sont tous deux prodigieux, surtout Hopkins qui créait l'un des personnages les plus terrifiants du cinéma. Hannibal Lecter reste indubitablement associé à l'acteur, et pourtant son rôle est assez réduit, n'apparaissant qu'une vingtaine de minutes sur 2 h de film, mais il y met une telle intensité qu'il en est devenu le croquemitaine moderne le plus célèbre qui érige le crime comme un art et un plaisir hédoniste.
C'est donc un film qui fait froid dans le dos et dont le suspense tient en haleine jusqu'au dernier instant, un film parfaitement représentatif de ces polars-épouvante puisés aux sources des faits divers les plus pervers. Performance rare, il aligne les 5 Oscars majeurs : meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur acteur, meilleure actrice, meilleur scénario ; bref un incontournable du genre qui a engendré suites, prequel, série TV, et toute une série de films au ton similaire.

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