L'Etaix en pente douce

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Pour faire simple, arrêtons d’emblée le postulat que Pierre Etaix n’est rien d’autre qu’un sous-Tati sans génie et renvoyons tout le monde redécouvrir l’œuvre de maître Jacques (au cinéma, bien sûr, tant il est vrai que les myriades de trouvailles visuelles cachées dans tous les coins de l’écran supportent mal les séances télévisuelles, comme dirait ce bon vieux Scritch après deux verres de Suze).

Du bon génie, Pierre pique jusqu’aux maladresses, comme ces bande-sons artificielles qui fatiguent l’oreille et n’apportent pas toujours l’effet prévu, mais Pierre oublie bien sûr d’en garder ce qui fait le sel, la merveilleuse combinaison colorée qui rendent parfois les fleurs artificielles plus colorées et plus parfumées que les vraies.

Pierre Etaix signe ici son premier long métrage, d’une veine doucement burlesque et narre les aventures de lui-même en godelureau naïf qui songe à se marier, poussé par ses parents et qui va rencontrer, dans le désordre, une voisine délurée, une jeune fille au pair novice en langue, l’idole de ses rêves et quelques autres en passant, juste pour affiner ses techniques de séduction désespérément vouées à l’échec.

C’est que le bougre n’a pas de chance, un destin contraire prend un malin plaisir à lui jouer des tours pendables, et avec ça qu’il est d’un nouille, le pôvre...

Sinon, le Tati du pauvre est un rupin, il vit dans une maison cossue, son rapport à la société qui l’entoure proche du néant dès qu’il ne s’agit pas d’explorer la drague sous quelques coutures ou un Paris de carte postale, inutile donc d’espérer y trouver une quelconque plus-value historique ou nostalgique, le drôle est triste comme un sou neuf.

Il y a heureusement de petits moments merveilleux, comme toutes les techniques du père pour boire et fumer en cachette, mais cela s’effrite vite, lentement, mais sûrement, le film poursuit sa chute jusqu’à sa fin prévisible (mais mignonne) dans un ennui poli et bien élevé. Deux ou trois numéros de music-hall réussis (Pierre vient de là et ça se voit, pour Tati en particulier qui lui apprendra aussi tout ce qu’il ressortira dans l’art de construire un film…) ne peuvent complètement faire oublier les interminables parties de cache-cache au bois ou tous les gags laborieusement amenés qui s’effondrent lamentablement.

Avec ça, notre adorateur du muet aurait dû pousser le vice jusque-là, je ne sais pas si c’est l’ambiance nouvelle vague naissante ou la patte de Jean-Claude Carrière au scénario, mais tous les dialogues sont affreux et affreusement joués en plus d’être parfaitement inutiles.

Maladroit, imparfait, un peu lourdingue mais pas méchant donc, je vais peut-être essayer Yoyo, parait que c’est sur le cirque, ça doit être beaucoup plus intéressant…

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