Mirages dorés

Avis sur Le Trésor de la Sierra Madre

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Peu de temps après avoir visionné des films comme L’Argent (1928) de Marcel L’Herbier et, surtout, Le Salaire de la Peur (1953) d’Henri-Georges Clouzot, la découverte du Trésor de la Sierra Madre, classique de John Huston, semble s’inscrire dans une continuité thématique avec les deux films précédemment cités. Car, ici, le cinéaste va nous embarquer dans une nouvelle histoire où la soif de richesse va empoisonner les esprits.

Citer le film de Clouzot en parlant de celui de John Huston n’a rien d’un hasard, tant les deux films partagent des similitudes. On retrouve, en introduction, la présentation de personnages désœuvrés, dans le besoin, qui vont, ici, jusqu’à mendier auprès d’inconnus pour subsister. Dans le Mexique des années 1920 règne le même climat que dans l’Amérique Centrale dépeinte par Clouzot quelques années plus tard : une chaleur suffocante, sous laquelle errent ces âmes en peine, qui vont sans but ni espoir. La donne change lorsqu’ils décrochent enfin un travail, mais le sort va une fois se moquer d’eux, et c’est dans la prospection et la recherche de filons d’or dans les montagnes mexicaines que les protagonistes du film vont enfin trouver l’espoir de faire fortune et de se sortir de ce pétrin.

Mais cet espoir sera-t-il bien concrétisé par l’obtention de leur salut ? C’est sur ce sentier que Le Trésor de la Sierra Madre nous fait nous aventurer, un sentier ô combien périlleux, qui conduit ceux qui l’empruntent à repousser leurs limites et à faire face à toutes sortes de dangers. Ces dangers sont d’abord extérieurs, représentés par ce soleil de plomb, ces terres arides et désolées, les mines qui menacent de s’effondrer, les bêtes sauvages… John Huston commence par représenter l’instinct de survie des Hommes dans ce qu’il a de plus primitif, à travers leur confrontation avec la nature et ses dangers. Puis, dans un second temps, les dangers deviennent intérieurs, et l’instinct de survie évolue également dans sa représentation, se basant sur la quête de richesses, sur une survie qui n’est plus basée sur des critères physiologiques mais financiers.

Ainsi, en deux heures de film, Le Trésor de la Sierra Madre vient illustrer une certaine évolution de l’espèce humaine, qui a fait de l’argent un outil essentiel à sa survie et à sa pérennité. Cet argent est celui de tous les espoirs, mais aussi l’un des facteurs menant à l’effondrement de la civilisation. Le groupe, uni, soudé, qui fait la force des Hommes, plus fragiles dans leur individualité, est éclaté par cet or que l’on veut toujours posséder en plus grandes quantités. Dobbs, incarné par un immense Humphrey Bogart, qui tient ici un de ses plus grands rôles, est le personnage représentant le mieux cette chute dans la folie. La cupidité est montrée ici dans ses extrêmes, tendant vers une forme de schizophrénie, qui peut rappeler celle de Gollum dans Le Seigneur des Anneaux (pour citer un exemple célèbre parmi tant d’autres) mettant en lumière l’aliénation des Hommes face au pouvoir de l’argent. C’est ce qui permet, par ailleurs, au film d’être un mélange de genres intéressant, se présentant comme un western aux allures de thriller.

Avec Le Trésor de la Sierra Madre, John Huston pousse les Hommes jusqu’aux portes de la folie, les rendant esclaves de l’argent, leur seule source d’espoir pour une vie meilleure. Le film est toujours au bord de la rupture, tenant le spectateur en haleine tout au long de cette sombre aventure, alimentée par le discours très cynique, pessimiste et ironique de John Huston. Une aventure qui ne laissera personne indemne.

Critique écrite pour A la rencontre du Septième Art

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