Gentlemen cambrioleurs

Avis sur Le Voleur

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Le voleur est un film méconnu ; dans les esprits, loin derrière Au revoir les enfants, Lacombe Lucien ou encore Le feu follet. Et pourtant, il s'agit là d'un petit bijou de film français. Belmondo, aux antipodes de ses mauvaises vagues comme de ses fanfaronnades, incarne un voleur des plus flegmatiques, presque lugubre, dans la France de la toute fin du 19e siècle.

Ce voleur, Georges Randal, évolue dans la bonne société bourgeoise de son temps, soutirant aux nantis des informations qui lui permettront ensuite de les dépouiller. Evidemment, cette histoire de Robin des Bois de la 3ème République permet d'évoquer en filigrane les tensions politiques et conflits de classe d'une époque, mais aussi de tous temps. Le film de Malle est une adaptation d'un roman de Georges Darien, publié en 1897. On retrouve dans Le voleur toutes les tensions idéologiques qui ont fait l'histoire de la troisième république : l'anticléricalisme, l'antiparlementarisme et la lutte des classes sur laquelle a germé les deux idéologies politiques de résistance majeures de l'époque : le communisme et l'anarchisme.

Les voleurs qu'on nous donne à suivre représentent bien l'anarcho-individualisme. Parasites de la société productiviste et industrielle, ils se remplissent les poches tout en grondant contre les injustices de l'époque et en s'interrogeant sur les possibilités de changer le monde. Loin des caricatures romantiques et exaltées, nos voleurs sont de délicieux cyniques. Regards impassibles à la Talleyrand, sans verbiage, menton haut et maniant à la perfection l'art du sous-entendu, ils incarnent bien l'excellence romanesque à la française telle qu'elle s'est exprimée au dix-neuvième siècle. Je dis « nos voleurs » car Belmondo, bien qu'excellent, n'est pas seul. La distribution du film est soignée et regroupe des acteurs parmi les plus talentueux de leur génération : tout d'abord, on aperçoit Charles Denner (L'homme qui aimait les femmes, Landru) et son visage si marquant ; son passage à l'écran est rapide mais flamboyant. Dans l'un de ses premiers rôles, on remarquera également Julien Guiomar, éternel second couteau du cinéma français qui compose ici un personnage d'ecclésiastique-voleur tout en épaisseur et en sournoiserie.

Ce film raconte l'histoire de marginaux « intégrés », de marginaux à la déviance invisible, qui luttent pour maintenir leur statut et leurs apparences. A ce titre, il incorpore dans son portrait des voleurs mais également des femmes, qui doivent ruser pour survivre à une époque où leur destin est tout entier dépendant des marchandages auxquels se livrent les hommes sur leur compte. Plus de quarante ans plus tard, Le voleur n'a pas pris une ride, notamment grâce à l'excellence de la reconstitution historique opérée pour le film (mobilier, vêtements, etc.).

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