👉 27 mai : Mise à jour de notre journal de bord (qui devient hebdo)
Le bilan de la nouvelle version du site est accessible ici.

Regarder Le Voyage dans la Lune aujourd’hui génère une émotion similaire à celle qu’on pourrait ressentir devant un incunable, ou les enregistrements originels du blues du Mississipi. On est là devant l’origine du monde.
Il ne s’agit pas de déterminer les maladresses ou l’amateurisme, les soubresauts de la restauration ou les limites de la narration.
Il s’agit de prendre la mesure de ce que fut le cinéma à ses origines : un tour de magie qui avait la prodigieuse innovation de durer 15 minutes. Un voyage, donc, des processions, une suite de tableaux dont la fluidité des enchainements fait oublier plans fixe et absence de son. Une profondeur de champ fantastique où des personnages surgissent de parties qu’on croyait peintes, où les constellations s’humanisent et les champignons poussent, où le clair de terre illumine d’un jour nouveau le cinéma, jusqu’à alors rivé au sol. Une couleur qui semble annoncer le psychédélisme et une ode au décollage, une fusion avec tous les éléments et une apologie de la découverte vers l’imaginaire sans borne.
On a beau restaurer avec toute les technologies de pointe, c’est ce charme-là qui opère le plus : la fraicheur de cette expérience qui induit dans des tableaux l’idée du mouvement : dans ses vagues, dans ses perspectives en trompe-l’œil, dans la magie du montage qui permet de faire pousser un champignon à partir d’un parapluie ou disparaitre en autochtone dans un nuage de fumigène. Par leur mouvements saccadés, toutes les foules du récit se ressemblent : les savants sceptiques, les astronautes en vadrouille, les êtres lunaires qui les emprisonnent ou la foule terrienne qui les acclame : et c’est bien là la chambre d’écho de ce cinéma des origines : un flux fédérateurs qui unit tous les êtres mouvants dans une même danse à la gloire de la féérie et du voyage.
Les modes passent, et avec elles les cortèges de musiciens venus habiller l’œuvre intouchable : Air, ici, comme Lambchop pour L’Aurore. Rencontre un peu incongrue, vaguement hype, sans grand intérêt sinon de révéler à quel point l’image a sa propre intégrité, atemporelle et fondatrice pour l’histoire du septième art.

Sergent_Pepper
8
Écrit par

Cet utilisateur l'a également mis dans ses coups de coeur et l'a ajouté à ses listes J'ai un alibi : j'accompagnais les enfants., Vus en 2015, Revus en 2015, Aux élèves qui veulent se construire une cinéphilie et Les meilleurs films muets

il y a 6 ans

98 j'aime

4 commentaires

Le Voyage dans la Lune
Gothic
9

Georges Méliès, benjamin d'une fratrie. Et pourtant, aux yeux du monde, c'est l'aîné.

Dès 1902 avec "Le Voyage dans la Lune", Méliès invente le film à composer soi-même. En effet, durant un peu moins de 15 minutes, on assiste à un véritable feu d'artifice de créativité et de magie...

Lire la critique

il y a 9 ans

95 j'aime

23

Le Voyage dans la Lune
Aqualudo
9

Méliès, Citrouilles, Star Wars et WoW

Je devais composer sur une critique d'Agora ; elle va attendre un petit peu. Aujourd'hui j'ai vécu un moment rare : faire découvrir une oeuvre fondatrice à une bande de boutonneux éberlués. Un film...

Lire la critique

il y a 9 ans

57 j'aime

11

Le Voyage dans la Lune
Hypérion
8

Version couleur restaurée splendide, choix musical... Particulier.

(Re)découverte de Le Voyage dans la Lune de Georges Meliès, succédant au documentaire Le voyage extraordinaire narrant la restauration d'une bobine couleur dénichée à Barcelone, cette projection m'a...

Lire la critique

il y a 10 ans

48 j'aime

19

Lucy
Sergent_Pepper
1
Lucy

Les arcanes du blockbuster, chapitre 12.

Cantine d’EuropaCorp, dans la file le long du buffet à volonté. Et donc, il prend sa bagnole, se venge et les descend tous. - D’accord, Luc. Je lance la production. On a de toute façon l’accord...

Lire la critique

il y a 7 ans

706 j'aime

103

Once Upon a Time... in Hollywood
Sergent_Pepper
9

To leave and try in L.A.

Il y a là un savoureux paradoxe : le film le plus attendu de l’année, pierre angulaire de la production 2019 et climax du dernier Festival de Cannes, est un chant nostalgique d’une singulière...

Lire la critique

il y a 3 ans

647 j'aime

46

Her
Sergent_Pepper
8
Her

Vestiges de l’amour

La lumière qui baigne la majorité des plans de Her est rassurante. Les intérieurs sont clairs, les dégagements spacieux. Les écrans vastes et discrets, intégrés dans un mobilier pastel. Plus de...

Lire la critique

il y a 8 ans

578 j'aime

53