L'avis ne m'apprend rien

Avis sur Le monde est à toi

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Il est des films méritant davantage d'honnêteté intellectuelle à leur encontre, des films défiant presque entièrement l'esprit critique, le discernement et la faculté de juger ce qui est vrai ou faux, beau ou laid, bon ou mauvais ; souvent ces films posent un réel problème compte tenu de leur caractère rentre-dedans et délibérément provocateur, et en en assumant lourdement et fièrement la responsabilité : Le Monde est à toi, second long métrage du cliptomane Romain Gavras, est de cette race de films gênants, dérangeants, nous sortant fatalement de notre zone de confort cinéphile et critique.

Avec son titre nous tutoyant comme autant de slogans publicitaires perdus dans la matrice du Cinéma d'aujourd'hui, d'hier et de demain Le Monde est à toi est donc un film en forme de caillou coincé dans la sandale, assez désagréable à regarder et encore plus pénible à évaluer. Une chose frappe pourtant tout de go : l'identité d'un film clairement ancré dans son époque, celui de la génération Smartphone, des complots pyramidaux et de PNL en force...

On sent d'emblée la volonté balourde de balancer des pavés en filmant d'imprenables parpaings d'immeubles estivaux ( shootés en Scope, s'il vous plaît ) avec un son en bonne et due forme ( comprendre OKLM ), le désir d'ironiser à tout-va sur la jeunesse fumant la chicha en démythifiant Scarface et consorts et d'y aller de son petit commentaire sur les questions d'intégration, de laïcité et de radicalisation ( ici une Isabelle Adjani voilée dans un Aqualand, chatouillant le petit Zemmour sommeillant en chacun de nous à renfort de burkini ; là un guet-apens terroriste en pleine mer, avec de la mitraille, des explosions et des symboles Illuminati en veux-tu en voilà...).

Beaucoup de racolage par ailleurs, entre une Oulaya Amamra affichant la caution sexy dudit film en petite tenue la moitié du temps, de la prose façon "nike ta race" et de la castagne à tire-larigot. Sinon Vincent Cassel réserve les quelques moments sympathiques de cette fricassée à la mode Snatch, assez amusant en benêt savant s'inventant une instruction politique sur les réseaux ( pour paraphraser le bonhomme "c'est confus mais ça fait sens" ).

En d'autres termes Le Monde est à toi parle beaucoup de tout et de n'importe quoi, brouillant les repères pour s'assujettir aux contemporains dépeints dans cette comédie voulue drôle mais trop ampoulée dans ses sempiternelles loufoqueries. Violent mais finalement assez vain dans son apparente décomplexion le film m'a de fait énormément déplu, trop bling-bling dans sa forme et pas assez développé dans son contenu. Il y a bien le tube magnifique de Daniel Balavoine qui laisse poindre le semblant de thèse et l'émotion à la toute fin du métrage, mais c'est trop peu pour le faire passer pour autre chose qu'une vulgaire roublardise de la part de Romain Gavras. Immense déception.

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