Tarantino et le huit clos 2.0

Avis sur Les 8 Salopards

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Des suites d'une malencontreuse fuite de scénario deux ans plus tôt, The Hateful Eight aurait tout aussi bien pu ne jamais voir le jour, celui-ci étant alors assujetti à la motivation d'un Tarantino à son plus bas... mais ayant tôt fait de se raviser ; à l'orée de sa fin de carrière (de dix films pense-t-il), son huitième film démontre que la qualité n'aura de cesse de primer sur la quantité, celui-ci s'inscrivant parfaitement dans une filmographie référentielle.

Si l'on pouvait craindre une redite de western à la suite de son précédent bijou, il n'en est finalement rien, les tribulations de Django s'apparentant à une fresque vengeresse tandis que TH8 tient davantage de Reservoir Dogs, son récit s'arquant majoritairement autour d'un huis clos ; au bout du compte, outre les traits de réalisation propres à Tarantino, seul le genre en toile de fond lie vraiment ses deux derniers long-métrage, d'où l'absence d'un quelconque sentiment de redondance.

Comme à son habitude, l'auteur de Pulp Fiction sait bien s'entourer, comme en témoigne un casting ni plus ni moins incroyable au service de protagonistes bien sentis ; au menu l'indéboulonnable Samuel L. Jackson, les cadors Kurt Russel et Tim Roth, le revenant Michael Madsen (cantonné dernièrement à de banals DTV), et enfin les biens prometteurs jeunots (ou pas) Jennifer Jason Leigh, Walton Goggins et Bruce Dern (sans oublier Demian Bichir, mais sa barbe le cache tout du long le bougre).

Eh puis on note un autre, grandissime, intérêt en la personne d'Ennio Morricone : déjà en partie présent sur Django, l'illustre compositeur italien intervient ici à la baguette de bout en bout, et quel régal mes aïeux ! TH8 arbore de ce fait une BO n'ayant rien à envier aux quelques références de chez Tarantino, celle-ci donnant d'ailleurs le ton d'entrée de jeu au gré d'une séquence d'ouverture faussement tranquille, car foutrement galvanisante.

Pour en revenir au cœur du sujet, TH8 s'affranchit d'une durée affolante (2h47 rien que ça) au moyen d'une multitudes de dialogues détonants, quitte à traîner en longueur, et de fait le film en est truffé (de longueurs) ; mais là est la force du long-métrage, qui tourne à son avantage ces dernières au profit de tirades et joutes verbales attestant du caractère fou de ses protagonistes phares, ici immergés au sein d'une sorte de Cluedo tarantinesque, empreint d'une tension latente palpable.

D'ailleurs, Tarantino prend ici le temps de poser son décor, et si la BA pouvait laisser de marbre sans vraiment laisser présager qu'un huis-clos, des plus conséquents, attendait patiemment au tournant, cette mise en bouche était dans les faits de bon augure ; pas à pas, le flamboyant cinéaste ainsi brosse des portraits ni plus ni moins forts, à la profondeur tortueuse et un sens de la palabre dantesque, vecteur entre autre de non-dits soutenant cette fameuse tension.

Bon, il faut convenir que ce fameux huis clos est plutôt lourd à la digestion, certains rebondissements étant notamment couru d'avance, à l'image d'un flash-back pas vraiment utile ; toutefois, cette fantastique galerie de protagonistes, couplé à une gestion du rythme quelque peu brillante, meuble le tout avec la manière, au point de ne jamais ennuyer le spectateur (oui, je parle pour moi).

De fait, certains coups de théâtre font mouche (hein Channing), le film se parant qui plus est d'un humour noir marqué d'un ton macabre grand-guignolesque (qui fait sacrément mouche) ; non avare en gerbes sanguinolentes typiques du cinéma de Tarantino, TH8 ne prend pas de gants avec son public, mais quoi de plus surprenant quand huit salopards de cette trempe se retrouve sous un même toit ?

Plus en détail, le long-métrage tire avec brio de la thématique sécessionniste d'excellents axes de développement scénaristique, et ce sans tomber dans la redite esclavagiste et raciale vis-à-vis de Django, allant de l'opposition Smithers vs Warren (pontuée d'un monologue "révélateur" follement barge) à l'imprévisible paire composée de celui-ci et Mannix.

Il y aurait beaucoup à dire sur cette hallucinante galerie, mais quitte à s'en tenir à deux personnages, ces derniers témoignent fort bien de la profondeur (toute relative) de TH8, dans lequel rien n'est jamais acquis d'avance, le charisme côtoyant une certaine forme de froideur impitoyable chez le Marquis, tandis que le futur shérif (du moins le prétend-t-il) y va de son insouciance trompeuse ; leur association finale est enfin un somptueux pied-de-nez aux antagonismes raciaux les liants, les conventions en vigueur se voyant outrepassées par un projet commun éminemment supérieur, sorte de paroxysme de la folie ambiante et l'escalade à la violence traduisant le film.

En somme, TH8 s'apparente à un condensé exceptionnel du cinéma de Tarantino, mais sans vraiment virer dans le recyclage malvenu ; si ses airs de huis clos (avéré) renvoie invariablement à Reservoir Dogs, le huitième film du papa de Kill Bill et consorts se pose comme un excellent cru, car aussi bien porté par les standards du cinéaste (sa marque de fabrique est aujourd'hui connu de tous) que par une intrigue, certes ne payant pas de mine, mais faisant beaucoup à partir de peu (façon de parler).

Un coup de coeur en bonne et due forme donc.

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