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Un Tarantino est toujours un évènement, mais si on apprécie son sens de la répartie et de l'écriture intelligente, on craint aussi par moments qu'il ne foire son dosage et que le bavardage ne prenne trop le pas sur l'action. Il a toujours aimé mettre en place des plans qui soient les plus crédibles possibles et passe beaucoup de temps à expliquer en quoi ces machinations fonctionnent : en résultent le gros ventre mou de Jackie Brown et Django Unchained où le caractère fastidieux de la mise en place des plans des personnages se répercute un peu sur le spectateur. J'avais adoré Django Unchained au cinéma, mais nettement moins au revisionnage à cause de ça. Il faudra laisser s'écouler un peu de temps avant que je ne sache si ce nouveau cru produit le même effet.

Les 8 Salopards, c'est un film de 3h qui passe 1h30 en introduction servant à poser des personnages, bloqués ensemble dans une mercerie par un blizzard. On ne pose pas tellement l'intrigue, surtout les personnages : on raconte leur vie, on présente leur caractère, on discute de petits faits-divers. Rien qui paraisse faire avancer l'action à première vue, beaucoup de palabres avancent lentement. Cela ne m'a pas dérangé outre-mesure au début car cette lenteur servait la découverte de ces personnalités sauvages qui ont besoin de temps pour s'apprivoiser, en plus d'apporter un relatif suspense. Mais 8 personnages, cela fait beaucoup de présentations nécessaires et j'ai ressenti par moments une légère impatience (et pourtant j'adore Inglorious basterds qui cultivait l'art de tourner autour du pot).

Cependant, Tarantino a le chic pour émailler ses répliques de blagues bien senties et les personnages ont des caractères suffisamment marqués pour se rendre intéressants. Certains sont délaissés mais les autres sont fascinants, par leur charisme comme par leur moralité relative qu'ils laissent éclater avec la plus grande insouciance. Il y a une réelle alchimie qui se forme avec ces acteurs qui ont des gueules et ces environnements magnifiques, accompagnés par la partition angoissante d'Ennio Morricone qui laisse à chaque instant présager le pire pour les occupants de cette battisse. L'extérieur hostile qui pousse tout le monde à rester dans un intérieur douillet, mais menacé par l'un d'eux. Des personnalités forcées de cohabiter alors que tout les éloigne. C'est sûr, ils auront l'occasion d'être haineux et de montrer les plus sombres aspects de l'Humain. Tout ça ce sont des éléments que j'adore, mais ils ont bien failli ne pas toujours suffire tant je trouvais que le dosage des dialogues de Tarantino était limite. Cela ne m'a pas du tout dérangé durant la séance, mais je ne sais pas ce que j'en penserais en le revoyant.

Mais une fois passée cette première moitié et un entracte magistralement bien placé, le récit peut enfin démarrer. Il offre des vrais bons moments de suspense et des séquences à la limite de l'horrifique qui vous collent au siège (rah cette musique !). Tout cela occasionnellement contrebalancé par les ruptures de ton et les positions embarrassantes chères au réalisateur, hilarantes sans annuler le suspense. Malgré tout, je suis resté sur un léger sentiment de "trop peu". Une fois passée l'entracte, le récit progresse beaucoup plus vite, peut-être trop pour moi, avant de s'étirer dans un dernier chapitre. J'ai apprécié tout ce que j'ai eu sous les yeux, mais la murder party m'a semblé durer moins longtemps que ce que j'aurais souhaité. Peut-être est-ce là un soucis qui vient de moi : j'ai passé la 1ère moitié sans chercher qui pourrait mentir, or peut-être que c'est précisément là que QT comptait nous faire tous cogiter.

Les 8 Salopards m'a fait bien plaisir sur le moment. J'ai aimé son humour jubilatoire, sa tension, ses explosions de violence, son écriture, bref tout ce qui fait la personnalité de QT. Mais sa lenteur pourra en insupporter plus d'un et il m'est difficile d'évaluer ce que je retiendrais du film. Au moins une séance en 70 mm, dont la différence n'a pas sautée aux yeux du néophyte en qualité d'images que je suis, mais qui offrait un léger grain charmant. L'ouverture musicale annonçait bien la couleur et l'entracte tombait à point nommé. Ces conditions nous ont également offert le gag le plus drôle de la séance, juste avant le film : "Cette version du film contient un entracte, ce qui vous donnera l'occasion de vous dégourdir les jambes, ou bien de commander un esquimau ou du pop corn". Il ne manquait plus qu'un smiley qui cligne de l'oeil, toute la salle s'est marrée devant cette sympathique attention pour nos estomacs trop légers et nos porte-feuilles trop lourds. Une séance exceptionnelle je vous dis ;)

thetchaff
7
Écrit par

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