Dans l'ombre de Paris

Avis sur Les Animaux fantastiques : Les Crimes de...

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Quelques mois après son arrestation aux Etats-Unis, le Mage noir Grindelwald (Johnny Depp, magistral) s’évade. C’est à Paris qu’on le retrouve, où il cherche à réunir une armée de mages partageant ses idées, à savoir révéler aux humains l’existence des sorciers afin de les dominer. Mais c’est sans compter sur Norbert Dragonneau (Eddie Redmayne), missionné par Albus Dumbledore lui-même (Jude Law) pour contrer les projets de Grindelwald…

Si certaines sagas sont conçues comme un ensemble de films presque indépendants les uns des autres, d’autres sagas, elles, seraient plutôt conçues dans un format proche de la série, mais sur grand écran. C’est la tournure que prit la saga Harry Potter lorsque David Yates embarqua sur le navire, et c’est celle que prend Les Animaux fantastiques, que Yates a initié. C’est bien ce qui explique l’écart, parfois monumental, entre deux épisodes, chacun ayant sa fonction particulière. Si le rôle du premier volet de la saga, sorti en 2016, était de nous en mettre plein les yeux et de nous introduire auprès d’une partie de l’univers des Sorciers que l’on ne connaissait pas, celui de ce deuxième épisode est tout autre : tenter de nous convaincre que les personnages introduits précédemment, ne sont pas vides, mais qu’on pourra sans problèmes s’appuyer sur eux pour les trois épisodes encore à tourner. Et c’est vrai qu’à ce niveau, Les Crimes de Grindelwald gagne beaucoup en profondeur par rapport à son prédécesseur, extrêmement sympathique mais assez superficiel (au moins en apparence).
On pourra certes regretter que certains personnages n’évoluent pas, comme Tina Goldstein (contrairement à sa sœur), grande sacrifiée du scénario, que Katherine Waterston peine à faire exister malgré son talent. Norbert Dragonneau non plus, d’ailleurs, mais la raison en est différente : comme un Tintin, par exemple, Dragonneau incarne une figure idéale, un héros parfait, un héros qui ne peut se remettre et qu’on ne peut remettre en cause car il incarne à lui seul le Bien, ce qui l’empêche d’être attiré par le Mal ou de l’être davantage par le Bien, puisqu’il y appartient déjà totalement. Cela ne signifie pas que le personnage soit inintéressant, mais simplement que l’on ne peut appuyer une intrigue entièrement sur lui, étant donné que son statut empêche toute évolution majeure, malgré la tentative de Rowling de recentrer le récit sur lui avec une histoire de romance contrariée très intéressante, mais qui ne masque pas le statut intouchable de Norbert (pour l’instant).

C’est donc du côté des nouveaux personnages qu’il faudra chercher de quoi faire avancer l’intrigue. Si la présence de la famille Lestrange apparaît davantage comme un prétexte à introduire

un jeu de faux-semblants pas forcément très subtil,

c’est évidemment du côté des deux grandes figures majeures de la saga que l’on trouvera le plus intéressant : Albus Dumbledore et Gellert Grindelwald. S’intéresser enfin au passé d’un des personnages les plus cultes du Monde des Sorciers promet une intrigue captivante, et même si elle n’est qu’ébauchée ici, c’est avec plaisir que l’on s’attend à la voir s’épanouir dans les épisodes suivants. Indéniablement, le couple Dumbledore-Grindelwald constitue le grand point fort de cette nouvelle saga, tant le lien entre les deux personnages permet d’en éradiquer toute forme de manichéisme en questionnant le lien complexe et parfois ténu entre le Bien et le Mal.
Plus encore que le pourtant très réussi Dumbledore, c’est évidemment l’ambigu Grindelwald qui retiendra le centre de notre attention, tant son personnage s’avère remarquablement construit. Ne se contentant pas bêtement de condamner le Mage Noir et son racisme envers les Moldus, J.K. Rowling prend le temps d’essayer de comprendre et de nous faire comprendre comment un tel être a pu se construire et peut trouver un écho dans le cœur de ceux qui l’écoutent.
Faisant preuve d’une grande intelligence au niveau des répliques de Grindelwald, Rowling nous fait parfaitement saisir toute la complexité de son discours, extrêmement séduisant, qui s’appuie sur des vérités indéniable (la folie de l’homme, l’approche de la 2de Guerre Mondiale) pour en tirer des conclusions discutables (il faut laisser les sorciers gouverner le monde à leur place). Sans trop de raccourcis grossiers, la scène de son discours figure sans nul doute parmi les plus grandes scènes que l’univers d’Harry Potter nous ait offert, tant elle arrive à nous faire cerner au plus profond la personnalité ambivalente de Grindelwald qui, dès lors, proposant le Mal pour arriver au Bien, nous offre une figure de méchant véritablement élaborée, peut-être même bien plus intéressant que celle que nous offrait Voldemort dans la saga Harry Potter. Il faut dire qu’autant que Ralph Fiennes, l’immense Johnny Depp donne corps à son personnage avec une étonnante sobriété et un génie qui nous rappelle que, malgré les périodes creuses que l’acteur a connues, il reste sans nul doute un des plus grands qu’Hollywood connaisse aujourd’hui. Sa prestation est digne de rentrer dans les annales du cinéma, tant il arrive à révéler une foule de sentiments à partir d’un simple plissement de lèvres ou froncement de sourcils.

Même si Depp reste LA grande attraction du film, les autres acteurs ne sont évidemment pas en reste, et c’est avec plaisir que l’on retrouve un Jude Law d’une grande classe, un Eddie Redmayne parfait dans son personnage introverti mais très attachant et un Ezra Miller extrêmement convaincant, qui rend son personnage bien plus intéressant qu'il ne l'était dans le premier film.
On aurait toutefois apprécié que, pour mieux mettre en valeur son récit très dense et ses personnages complexes, Yates ne sacrifie pas l’action à ce point, mais on notera pourtant que, malgré le nombre très réduit de scènes d’action, les animaux fantastiques qui donnent leur nom à la saga jouent un vrai rôle dans l’intrigue, ce qui est toujours appréciable.
Pour autant, cet opus témoigne toujours d’une belle direction artistique, la photographie chatoyante et colorée de Philippe Rousselot faisant presque toujours mouche comme à son habitude, malgré le montage plus hésitant de Mark Day, d’autant que les décors continuent de varier avec un génie presque égal à celui de la saga Harry Potter (le Ministère de la Magie parisien, le Père Lachaise), le Paris du film s’avérant d’autant plus extraordinaire et réaliste lorsqu’on sait que l’équipe du film n’y a jamais mis les pieds au cours du tournage...
Au rythme de la musique toujours aussi somptueuse de James Newton Howard, il est donc difficile de ne pas se laisser embarquer dans l’aventure, et même si la magie est moins sensible que dans le premier épisode de cette saga prometteuse, on finira tout de même par entrer dans la danse au gré des nombreuses et surprenantes révélations qui viennent égayer cet épisode. Un épisode qui constitue sans nul doute, et plus que son prédécesseur, une véritable entrée dans cet univers d’une richesse incomparable qu’a à nous offrir Les Animaux fantastiques.

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Les Animaux fantastiques : Les Crimes de Grindelwald est une œuvre produite par Warner Bros©, découvrez la Room 237 de SensCritique.

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