Tiare ta gueule à la récrée

Avis sur Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du...

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Difficile de parler de Jack Burton, vous voulez savoir quoi ? Comment je l'ai rencontré ? Où je l'ai revu ? Pourquoi j'ai voulu le présenter à d'autres gens ? Au fait, vous m'avez montré votre badge ?

Moi, j'avais onze ans quand le salopard m'est tombé sur la gueule... Vous connaissez pas mon père, forcément, mais le chameau s'est dit qu'à un moment, fallait rencontrer le vieux Jack, j'étais trop jeune pour savoir de quoi il parlait, je trouvais bien que le type bizarre en vieux ne ressemblait pas trop au type avec la tiare, je me disais bien que la potion magique était plus facilement acceptable dans une gourde que dans une coloquinte, mais bon, j'ai avalé l'idée en silence, j'ai vaguement hoché la tête et ça y était, j'étais pris.

Onze ans... Putain d'année 89, que du sale, que du bon, rien à jeter et tout à vomir, juste ce qu'il me fallait pour accepter de rencontrer ce bon vieux Jack...

Après, j'avoue, j'ai adoré comme un cochon, j'ai trouvé ça tellement... tellement...
Bordel ! personne saurait dire à quel point j'ai trouvé ça tellement... En même temps, je trouvais ça complètement con, c'est pas parce qu'on a onze ans qu'on est forcément attardé mental... Mais bon, à cet âge là, j'avais pas encore bouffé grand chose du cinéma bis asiatique, ça paraissait étonnant, terriblement mauvais, mais étonnant... Et puis franchement, le bon goût, on s'asseyait dessus aussi souvent que sur les genoux des jolies filles, l'important était ailleurs...

J'ai revu cette chose adulte, c'est fascinant comme certaines mauvaise graines ont la vie dure, j'aimais toujours autant ce salopard de Kurt balloté minablement dans un monde qui le dépasse, les bottes en trop, le marcel qui déborde, la nuque longue qui tache, et cette abominable musique de Carpenter himself qu'on se prend à trouver parfaitement adaptée à la chose qu'on voit...

Ce soir, on doit voir un film, le hasard nous offre un Dirk Bogarde version farce et attrape, un Wilder avec Cary Grant et Tony Curtis et ce bon vieux Jack Burton...

En 1945, pendant la retraite du front chinois, les soldats de l'armée japonaise souffraient terriblement du manque de ravitaillement, certains d'entre eux, jouant les rations au petit bonheur la chance, n'ont survécu que grâce à leur maîtrise de ce que nous appelons le pierre-feuille-ciseaux... Toutes proportions gardées, c'est la solution la plus logique trouvée pour nous départager...

On m'a attribué le bon vieux Dirk et je perd d'entrée, le suspense est insoutenable, Pruneau défend Kurt et Gizmo, Cary... Au moment approprié, et d'un vicieux coup retors que Snake Plissken n'aurait pas rénié, la Prune écrabouille la jolie feuille de Gizmo de ses ciseaux vicieux et la bête immonde gagne le droit de cité.

Alors, ça fait quoi de revoir ce bon vieux Jack, une fois de plus ? Ca fait quoi d'affronter les forces du mal dans les bras d'un routier dégueulasse et de ses déchets chinois ? Toute cette histoire débile de yeux verts en vaut-elle réellement la peine ? Y-a-t-il assez de bière pour tenir le film ? Kurt est-il vraiment un acteur ? Kim Cattrall peut-elle se maquiller normalement une fois dans sa vie ?... Questions éteintes au moment où on les pose, ce qui nous parle est ailleurs, dans cette façon adorable qu'a la mémoire d'effacer les pires travers de ce genre de phénomènes : le Chewbacca en version orang-outan, la peluche espionne, ce genre d'aberrations saugrenues que n'importe qui devrait défoncer en douze secondes et que ma gentillesse laisse vivre jusqu'à la prochaine séance...

Treize ans avant l'inepte Matrix, les gens volaient déjà à travers les pièces dans le cinéma occidental, ils couraient déjà sur les murs, même si avec un peu plus de pudeur, mais surtout, ils ne nous cassaient pas les couilles avec une sous-philosophie de comptoir pour attardés mentaux pré-pubères, et ils nous laissaient joyeusement profiter de la bêtise assumée d'un Kurt Russell marqué au rouge à lèvres jusqu'aux dents qui, au moins, n'essayait pas de prétendre sortir de cette joyeuse imbécilité quoi que ce soit d'autre qu'un pur plaisir coupable et néanmoins jubilatoire.

Du coup, je suis obligé encore de garder la même note, moi...

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