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Les Chiens de paille par Ciné Water

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Adorateurs des films d'actions avec un héros surhumain à la Bruce Willis et consorts, adorateurs des films où on ne vous laisse aucune liberté de penser.
"Si on te gifle la joue droite, file lui une gauche" est pour vous la maxime que doit toujours et naturellement avoir un personnage de films.
Si pour vous le cinéma ne doit montrer que ce qui n'existe pas dans la vie, si la philosophie et la réflexion qu'apportent des films ne vous intéresse pas....

Alors ne regardez pas Les chiens de paille, il n'est pas fait pour vous.

Ce film est une des plus formidables démonstrations de violence non inutile et pour autant artistique au cinéma. On est loin de Tarantino et de sa sauvagerie "belle" à l'image mais inexistante sur le fond.
Pourtant le personnage qu'est le réalisateur Sam Peckinpah est, quant à lui, loin d'avoir une image de pacifiste.
Pour lui un film se passait avec action et violence. Il parait qu'il avait besoin d'une tension omniprésente sur son plateau. On dit aussi qu'il lui arrivait de casser des gueules avant de commencer une journée sur son précédant film, La horde sauvage (qui est admirable). Enfin il disait aussi avoir des origines indiennes pour avaliser ce côté "sauvage" par la génétique. Ce qui s'avère avoir été un mensonge de sa biographie.
A l'époque des années 70, la violence à l'image est encore un très très gros tabou. Personne ne veut donner ni remettre d'Oscar au dernier film de Stanley Kubrick qu'est Orange Mécanique, sorti l'année passée, il n'en aura simplement pas. Delivrance - que devait réaliser à la base Sam Peckinpah - sort lui la même année et marquera pour sa scène du duel au bandjo mais bien plus - et surtout - pour la scène de viol homo.
Si aujourd'hui tout cela ne nous fait plus rien, on est habitués, à l'époque c'était vraiment un énorme débat pour beaucoup de gens qu'ils soient religieux ou non, parents ou non, vieux ou non, politiques ou non, en accord avec la guerre du Vietnam qui faisait alors rage ou non.

C'est aussi une démonstration d'acteurs stupéfiante. On cite souvent Dustin Hoffman mais ce serait oublier Susan George.
Dustin Hoffman toujours dans son interprétation façon l'Actor's Studio y est véritablement humain. L'Actor's Studio est une école fort réputée de N-Y, dans les grandes lignes il s'agit de se croire dans le rôle de son personnage, de jouer comme si on était dans sa peau et dans son esprit. En contradiction assez forte avec la théâtralité classique anglaise, par exemple.
Un homme qui se rend compte de cette violence qui habite dans une partie de lui, qu'il ne savait pas existante, une violence qu'au fond on a tous en nous.

La force de ce film n'est pas juste historique, c'est pas un simple film de transition comme ne le sont pas non plus les deux précités.
Ici la violence apparait et certes on va remarquer, si ce n'était pas encore le cas, que le public est friand de cette violence car c'est quelque chose de primaire, un truc que l'on se refuse souvent à accepter mais qui est ancré dans l'homme depuis qu'il existe.
Le public adorant cela, la controverse également, on va continuer car c'est bankable.
La violence devient dès lors l'élément déclencheur pour ameuter des gens dans les salles comme aujourd'hui Saw et ce genre de conneries, ils sont nombreux. Des films qui, eux, n'apportent rien en dehors d'une violence. La violence existait longtemps avant au cinéma, elle était cependant vite arrêté et limitée par la censure d'avant 1970 (le Code Hays disparait en 1968) donc elle ne pouvait être utilisée, de façon commerciale ou non.

Un mot au sujet du fait qu'on cataloguait souvent Peckinpah de mysogine, on le fait d'ailleurs encore très souvent et ce film en serait la plus belle preuve. Il ne l'était à mon sens pas. C'est idiot de cataloguer quelqu'un sur ses oeuvres, et ce peu importe le domaine. C'est la façon de traiter le sujet de l'homme et de sa confrontation face à ses doutes, de l'image de la femme dans la société qui pousse à trouver des points mysogines chez lui, rien ne prouve qu'il l'était. Lui même cherchera, selon moi, à le démontrer bien souvent, Guet-Apens en est un bon exemple. Si Ali McGraw fait souvent des erreurs tout au long du parcours, c'est tout de même elle qui se bat pour la libération de McQueen et c'est également grace à elle qu'il tient le coup.

Sur ce, bon film.

PS : J'aime beaucoup Bruce Willis et je n'ai rien contre les films d'actions hein. Il faut de tout dans le cinéma. De même que j'apprécie Tarantino, qui lui même apprécie ce film, Straw Dogs, d'où le titre Reservoir Dogs (pour Reservoir ça vient D'au revoir les enfants de Louis Malle, qu'il prononce ainsi).

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